Plages à risques

Publié le par robert

Le départ des CRS n'en finit pas d'inquiéter. Le maire de Lège-Cap Ferret craint le désengagement de l'état

:Christine Morice




C'est le coup de gueule d'un vieux briscard de la surveillance des plages. Un CRS-MNS qui affiche une vingtaine de saisons au compteur, sur la côte atlantique, et se demande s'il sera encore là en 2009, si son expérience au service des autres pourra encore sauver des vies.
Il tient absolument à conserver l'anonymat par crainte de représailles de la part de sa hiérarchie. Il faut dire que le policier ne mâche pas ses mots. Le fait que les CRS-MNS soient absents des postes de secours depuis le 31 août, obligeant les communes à mettre en place un dispositif restreint comprenant uniquement des civils, début septembre (comme en juin), le met hors de lui : « C'est criminel, inadmissible ».


« Un service public ». Sur un littoral particulièrement dangereux, avec des spécificités locales (baïnes, courants) que les touristes ignorent souvent, la situation lui semble, à lui, comme à beaucoup d'autres, extrêmement risquée. Et de rappeler une affaire de Narbonne où la cour administrative d'appel a reconnu la responsabilité de la commune à la suite d'un accident survenu en juin 1986. Une personne souffrant de séquelles, après avoir tenté de sauver son fils de la noyade sur une plage non surveillée, a obtenu une indemnisation.


Des contacts avec les pompiers. Au-delà des risques judiciaires encourus, le maire de Lège-Cap Ferret, Michel Sammarcelli, par ailleurs président de l'association Plage 33, est préoccupé par le problème depuis des mois. Il répète que la surveillance des plages est un service public. Mais il redoute un désengagement progressif de l'État dans les prochaines années et commence à prendre des contacts avec les sapeurs-pompiers ou la SNSM (Société nationale de secours en mer).
Pour 2009, Michel Sammarcelli craint une baisse de plus de 50 % de l'effectif CRS (qui pourrait passer de 80 à une quarantaine en Gironde). « Chaque poste coûte 150 000,00 euros à la commune, par saison », souligne l'édile qui ne conçoit pas d'augmenter la participation municipale et souhaite que le Conseil général participe financièrement. Pour l'heure, à l'instar des autres maires du littoral, il a dû gérer les semaines de juin et de septembre en embauchant de jeunes sauveteurs titulaires du BNSSA. « Ce sont des étudiants d'une vingtaine d'années et le vivier couvre juste nos moyens actuels (180 par saison). Or, ils ne peuvent pas être chefs de poste s'ils n'ont pas trois ans d'expérience. »
C'est cette pénurie de chefs de poste qui a fait diminuer comme une peau de chagrin le nombre de miradors sur les plages, cet été, hors juillet et août. « Au Cap-Ferret, nous avons ouvert deux postes sur quatre, regrette le Michel Sammarcelli. Comme à Lacanau ou au Porge, la surveillance a cessé le 7 septembre. Elle se poursuit jusqu'au 14 uniquement à Soulac et Montalivet. »
« Dès qu'il fait beau, les pépins peuvent arriver », se désole Michel Sammarcelli. Tout juste si certains ne souhaitent pas la pluie, pour ce week-end, ce qui n'est pas bon sur le plan économique.
Aux dernières nouvelles, une réunion pourrait avoir lieu à Paris en octobre, sur le sujet, en présence des maires. Alors les CRS seront-ils fixés sur leur sort ? « On aimerait savoir », se désole un autre policier anonyme. « Si l'on doit partir, que l'on nous laisse au moins passer le relais avec majesté, au lieu de nous renvoyer d'un coup, comme ce fut le cas fin août ».

Sud ouest du 14 sept

Publié dans La sécurité

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