Bachelier du Médoc

Publié le par robert

SAINTE-HÉLÈNE. A l'occasion du sixième salon du livre le week-end prochain, rencontre avec le romancier Éric Holder, installé dans le Médoc depuis quatre ans


« Le Médoc, c'est une population de tous horizons, la dernière étape avant l'océan » photo J.-C.W.
« Le Médoc, c'est une population de tous horizons, la dernière étape avant l'océan » photo J.-C.W.

L'arrivée d'Éric Holder dans le Médoc, c'est celle qu'il raconte dans son dernier roman « De loin on dirait une île » (aux éditions Le Dilettante). L'histoire d'un regret qui naît lors des « grandes promenades dans les labours au milieu des cris des corneilles », dans la campagne de la Seine-et-Marne. Un regret que formule un soir de février, la femme de sa vie, l'éditrice Delphine Montalant, de ne pas habiter près de l'océan.

Et pour la femme de sa vie, que n'est-on prêt à faire ? La famille Holder (mari, femme, enfants, chien et chats) s'arrête à Soulac. Plus précisément aux Ourmes, près de Queyrac, dans une maison ressemblant à s'y méprendre à celle qu'ils occupaient à Thiercelieux. « Quand on y a mis les pieds, on a su que c'était là ! », raconte Eric Holder.

Petite Flandre.

Ce qui leur plaît, ce sont les « cieux flamands d'un bleu délavé » et la côte qui évoque les stations balnéaires de la Belgique et la mer du Nord. Et puis, aussi, cette terre du Médoc, qui dispense le plaisir par ses odeurs de résine, le toucher du sable des plages et le calme de la campagne.

« J'ai eu beaucoup d'amitiés immédiates », avance le romancier. Avant de nuancer que cela a pris... trois ans. « Quand j'ai rencontré des Médocains, j'ai tout de suite pensé que j'aurais aimé être des leurs. » Et pour faire partie de la population, Holder s'impose au risque de provoquer des heurts. « Les gens ont une attitude âpre et rugueuse ici. Ils ont cette façon de prôner le pire avec un sourire en coin, pour se protéger. Les Médocains disent souvent qu'il ne faut pas dire trop de bien de cette région. Je comprends cette réaction. Les gens ici sont comme des îliens. Et cette route qui traverse le Médoc, c'est un système de protection très utile. »

Peu à peu, les liens se tissent, avec les autochtones, à la faveur de la parole : « J'ai passé le bac au bar, avec l'oral de rattrapage », explique-t-il dans un sourire. L'auteur découvre un nouvel art de vivre. « On m'emmène au marais pour me faire découvrir les oiseaux. J'ai beaucoup d'amis chasseurs. C'est une passion que je ne partage pas mais que je respecte. »

Exploration.

Holder découvre le patois médocain et une « élocution unique », qui sont source de richesses. « Je découvre un nouveau vocabulaire, comme le verbe "cousteiller" qui signifie longer la côte le dimanche après-midi à la recherche d'épaves à marée basse. C'est un sacré pays, le Médoc. On n'y passe pas, c'est loin. Ici, la population est très mêlée. Les gens viennent de tous horizons et échouent comme des naufragés. »

En manque d'argent, Holder délaisse, un moment, ses romans pour travailler à la vigne et fréquente « tous les pans de la société », papillonne ici et butine là. « Le temps qu'on cultive en Médoc est très différent de celui de la ville. Ici, on prend le temps de parler et on va vite pour travailler. »

Auteur : Jean-Christophe Wasner
sud ouest le20 oct

Publié dans Ste Hélène

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