Il n’y a de danger pour personne »

Publié le par robert

Le sous-préfet de Lesparre-Médoc Olivier Delcayrou livre sa vision de ce que pourrait être l’avenir économique du Médoc. Sous réserve que toutes les énergies locales créent une force commune.


« Il n’y a de danger pour personne »
Au-delà des projets de taille qui mobilisent les regards et suscitent des réactions souvent épidermiques - port méthanier et plateforme logistique sur le territoire du Verdon (lire page 6) -, il y a à faire et des raisons d’espérer. La réflexion du sous-préfet s’appuie sur un constat : « Les élections récentes, les réactions, favorables ou hostiles aux grands projets, dit-il, plus le projet de parc naturel régional (P.N.R.) et les initiatives du Pays Médoc, montrent qu’il y a amorce d’une volonté de faire bouger les choses. Le scrutin de mars dernier a amené un tiers de nouveaux élus. Il y a un regard neuf. Après la phase d’installation, nous voyons arriver la phase post-électorale, qui est celle de la réflexion sur le concret. »

> Selon Olivier Delcayrou, les réactions négatives aux projets les plus conséquents conduisent, par nécessité, à un questionnement des élus et des divers acteurs de la vie économique médocaine. Après avoir dit ce dont on ne veut pas, il est naturel d’exprimer ce que l’on veut. L’idée du P.N.R., lancée par Alain Rousset, président du conseil régional d’Aquitaine, la dynamique du S.C.O.T. (schéma de cohérence territoriale), relancée par le Pays Médoc, sont autant de signaux d’une volonté de réfléchir et d’agir. Si le rôle du sous-préfet n’est pas de dire ce que doit être le Médoc demain, en revanche, en tant que représentant de l’Etat, il peut mettre à la disposition des collectivités locales et des structures d’initiative, des outils utiles. Il peut être aussi le facilitateur des contacts entre les intervenants. « Il faut, précise Olivier Delcayrou, que le diagnostic soit partagé par le plus grand nombre et que, partant, les structures locales lient leur volonté pour faire bouger les choses et les faire avancer. Les élus doivent utiliser les forces créatives du territoire pour maîtriser les projets et les mener à leur terme à partir d’une stratégie de développement cohérente. ». Le territoire bénéficie d’atouts extraordinaires : agriculture, viticulture, forêt, marais, lacs, littoral exceptionnel. « Il faut cesser de penser, affirme t-il, que le Médoc est abandonné de tous et de tout ».

> Face à ces richesses, il y a cependant une structure so-ciale faite de contrastes parfois inquiétants. Les grandes fortunes côtoient la misère réelle. Le chômage en Médoc est supérieur à 10 % de la population active et très au-dessus de la moyenne départementale. L’analyse de la structure de ce chômage dit, à elle seule, la nécessité d’agir. Le Médoc a le plus fort taux de jeunes chômeurs sans qualification du département, le plus fort taux de chômage des femmes et le plus fort taux de chômeurs de plus de 50 ans. Voilà pour le présent. « Quant aux perspectives, insiste le sous-préfet, elles sont connues : dans les vingt ans, ce sont 30.000 habitants qui viendront s’installer en Médoc. La population augmente régulièrement (+ 1,41 %, soit 9.400 habitants par an entre 1997 et 2007). Il faut accompagner ces phénomènes démographiques, sinon les problèmes vont s’aggraver. Il y a en Médoc 1 emploi pour 8 habitants contre 1 pour 6 habitants en Gironde, hors C.U.B. (communauté urbaine de Bordeaux). Il y a donc un besoin absolu de structurer un vrai développement économique pour accueillir les populations. ».
Ce développement économique doit viser à créer des activités pérennes. Pour cela, les communautés de communes, désormais parvenues à maturité, doivent unir leurs forces. Il faut aussi que les élus comprennent que l’activité économique « résidentielle » profitera à tout le monde.

> Le volet le plus important, selon Olivier Delcayrou, est celui du bassin d’emploi. Il pose fermement la question : « Veut-on ou non un bassin industriel ou tertiaire qui permette de résoudre efficacement et de manière durable les problèmes d’emploi ? C’est aux élus de le décider. ». Aujourd’hui, 40 % de la population active du territoire va travailler à Bordeaux ou dans sa périphérie immédiate, avec les déplacements compliqués que cela implique. Il faut donc positionner le bassin d’emploi plutôt sur la moitié nord du Médoc, hors de l’attraction de la C.U.B. Il y a, hors zones protégées, du foncier disponible. Aux élus de se poser les bonnes questions. Que voulons-nous comme activité ? Quel type de développement et d’équipements souhaitons-nous ? La filière des matériaux composites est particulièrement active en Médoc avec des sociétés leaders comme Composites Aquitaine (Salaunes), Epsilon Composite (Gaillan-en-Médoc) ou Strato Compo (Grayan-et-l’Hôpital). Elles peuvent servir de courroies de transmission dans le développement local d’un secteur d’activités lié à l’environnement : photovoltaïque, bois-énergie avec la forêt, éolien, etc. « Mais la volonté doit être forte et claire », insiste le sous préfet.

> La création, à terme, de 3.000 emplois sur le Médoc n’est pas utopique. Et 3.000 emplois ce sont 15.000 personnes qui en vivent. Ce développement peut se faire en parfaite harmonie avec le P.N.R., qui a aussi pour mission de favoriser l’aménagement. On peut espérer voir naître en Médoc une classe moyenne qui n’y existe quasiment pas (55 % des foyers médocains ne sont pas imposables sur le revenu). Il ne faut pas oublier l’activité portuaire. Le P.A.B., devenu Grand Port Maritime, doit être associé à cette réflexion et y contribuer. Il doit y avoir un réel questionnement sur l’avenir industrialo-portuaire du foncier du port.
« Il faut, ajoute Olivier Delcayrou, faire émerger l’intérêt général. Il n’y a de danger pour personne. Il faut transcender les éventuelles animosités personnelles. Chacun en sortira gagnant. La sphère résidentielle n’est pas opposable à la sphère géographique de production. Elles sont complémentaires. Chaque commune n’a pas vocation à recevoir des équipements lourds. Tout cela doit se faire en harmonie et de manière équilibrée. Encore une fois, c’est aux élus de relever ce défi. Ils le peuvent. Je serai là pour les y aider ».

> Formé à l’Ecole nationale du génie rural des eaux et forêts, ancien chef du service « forêt, environnement et milieux aquatiques » à la D.D.A.F. (direction départementale de l’agriculture et de la forêt) des Pyrénées-Orientales, Olivier Delcayrou a trouvé un arrondissement dont les problématiques lui sont familières. Dans le portrait que lui avait consacré le JdM au lendemain de sa prise de fonctions (édition du 19 octobre 2007), il avait confié que « les décisions, mêmes autoritaires, passent mieux avec de la pédagogie ». Effectivement, il n’hésite pas à sortir d’une certaine réserve pour donner sa vision des choses sur un territoire pour lequel il semble taillé sur mesure. Reste à savoir s’il saura aider à désamorcer en douceur les résistances qui freinent ici ou là la marche en avant d’un Médoc uni.

Le Journal du Médoc

Publié dans Le Médoc

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