Promoteur astucieux

Publié le par robert

TRIBUNAL. Pendant quinze ans, il a utilisé une créance virtuelle comme garantie bancaire pour éviter la faillite

Il voulait sauver son programme immobilier à Carcans ph. p. vallade
Il voulait sauver son programme immobilier à Carcans ph. p. vallade

Georges Delzor est un promoteur atypique. « Tout le monde croit qu'on gagne à tous les coups, mais je peux vous dire que ce n'est pas vrai. » Ce n'est pas non plus un prévenu comme les autres. « J'ai dû commettre une infraction, c'est sûr, sinon vous ne m'auriez pas invité, mais tout ce que j'ai fait, je l'ai fait pour sauver ma boîte. » Et ce n'est pas enfin un septuagénaire ordinaire. « J'ai dans l'idée de redémarrer mais mon expert-comptable me trouve un peu fou. Il dit que je ferais mieux de planter des choux. »

Georges Delzor, 74 ans, promoteur immobilier à l'enseigne SA Habitat français, basé à Mérignac. Signe particulier : a réussi à faire sourire le tribunal (et même le procureur) lors de sa comparution, lundi, en audience correctionnelle pour abus de bien social. Il lui est reproché, en tant que président de la société anonyme Habitat français, de ne pas avoir réclamé une créance de 723 000 euros que lui devait un débiteur, la SCI les Hameaux de l'Océan dont il était... le gérant.

Georges Delzor raconte avec toute sa verve. C'était au début des années 90, il venait de lancer les Hameaux de l'Océan (un programme de 85 logements à Carcans Plage) quand la crise de l'immobilier a frappé à la porte. Écroulement des ventes et arrêt du chantier après la première tranche.

« Montage habile ».

En bonne logique économique et comptable, la SA Habitat français aurait dû déposer le bilan. Mais l'homme s'est accroché. Il a utilisé la créance que sa SCI devait à sa holding pour éviter la faillite et garder la confiance des banques. Moyennant quoi, le programme a pu reprendre, se terminer et, ajoute avec fierté le septuagénaire, « artisans, fournisseurs, banquiers, tous ont été payés et les logements livrés ». « Un montage habile », reconnaît le procureur, Alain Benech avec un sourire. Le dépôt de bilan aurait signé sa ruine et provoqué en cascade des difficultés pour tous les intervenants du chantier.

Seules les banques auraient pu le faire plonger, mais elles avaient cette créance en garantie et un programme immobilier qui se vendait, lentement mais sûrement. Seulement, ce crédit permanent et gratuit que Georges Dalzor, président d'Habitat français, a ainsi accordé à Dalzor Georges, gérant de la SCI les Hameaux de l'Océan, est assimilé par la loi à un abus de bien social. « Ce montage, ce fut sa bouée de sauvetage, il lui a permis de vivre et de bien vivre ces quinze dernières années. »

Le procureur s'est montré indulgent dans ses réquisitions : de 6 à 12 mois de prison. Sans peine d'amende « pour ne pas en rajouter aux difficultés financières du prévenu ». Le tribunal, présidé par Christian Coste, a mis son jugement en délibéré. « Merci de m'avoir écouté », leur a lancé Georges Dalzor en quittant le prétoire.

Auteur : Pierre-Marie Lemaire

Publié dans Carcans

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Coco 12/11/2008 17:02

Et en plus ces constructions sont illégales !!!