Les surfeurs attendent le retour des belles vagues

Publié le par robert

LACANAU.

 

Ces derniers temps les bancs de sable sont de plus en plus inadaptés à la pratique du surf sur les plages canaulaises . (Photo C. G.)
Ces derniers temps les bancs de sable sont de plus en plus inadaptés à la pratique du surf sur les plages canaulaises . (Photo C. G.)

Quand un non-initié regarde l'Océan et qu'il y voit une grosse houle, il pense que les surfeurs ont de quoi se réjouir. En fait, les vagues ne suffisent pas. Il faut de « bonnes » vagues : des vagues de qualité, qui déferlent. Une multiplicité de critères rentre en compte dans la formation de bonnes vagues, véritable alchimie de facteurs météorologiques et topographiques.

Dans le Médoc, cette alchimie subtile est rendue plus aléatoire par le fond marin, constitué de sable, dont la caractéristique principale est la mobilité. Voilà donc l'un des dieux du surfeur médocain, dieu dont il scrute en permanence les humeurs et les errances : le banc de sable.

Écoutons ce qu'en dit un professionnel de l'Océan, Michel Boyé, patron d'Ocean Surf Report : « Les bancs de sable se forment et disparaissent au gré des houles. Lorsqu'il y a une longue période de bancs rectilignes et donc mauvais, le seul remède est une grosse houle pour modifier la formation des bancs de sable sur une plage. Il y a trois ans, par exemple, après une houle de 8 mètres, les bancs, qui étaient mauvais, sont devenus excellents en l'espace de deux jours. Même chose, il y a quelques semaines où une houle de 6 mètres a légèrement amélioré la physionomie de la plage. De même, lorsque les bancs sont bons, une grosse période de vents dominants d'un même secteur les fera disparaître. »

Et c'est là que le bât blesse depuis quelques années à Lacanau : les bancs de sable se font de plus en plus inadaptés à la pratique du surf.

Érosion du front de mer

Jean-Louis Balau, patron d'un surf shop du front de mer, passe beaucoup de temps à scruter les mouvements de la plage. Il a sa petite idée : « Les bancs sont de moins bonne qualité qu'il y a dix ans. L'une des raisons est l'érosion du front de mer : les mouvements d'eau et de sable ne se font plus de façon naturelle. »

Pascal Basurko, ancien champion d'Europe de bodyboard, abonde dans son sens : « L'homme a fixé les dunes par une végétation artificielle, la circulation du sable est bloquée, et les bancs de sable ne peuvent pas s'épanouir librement. »

Mathieu, surfeur, qui suit avec beaucoup d'attention les cartes météo sur Internet, constate : « Depuis environ quatre ou cinq ans, les trains de houle orientés sud-ouest sont de moins en moins fréquents, les dépressions passant souvent très nord, nous envoyant de la houle d'ouest et de nord-ouest, et cela joue peut-être également sur la formation de ces bancs de sable. » Et il est assez pessimiste : « Toutes ces modifications sont, à mon avis, en partie liées au réchauffement climatique. »

Impact sur l'économie

Tout le problème est aujourd'hui de connaître l'impact que peut avoir cette médiocrité des bancs de sable canaulais sur une station qui a bâti son image internationale sur le surf. « D'un point de vue économique, les petites structures et les écoles seraient touchées par la disparition des bancs de sable, car on peut toujours acheter son matériel et surfer ailleurs », estime Jean-Louis Balau.

C'est aussi l'avis de Michel Boyé, mais son expérience d'au moins deux décennies de surf à Lacanau tempère : « C'est clair que de mauvais bancs de sable sur une longue période ne donnent pas envie aux surfeurs de pratiquer sur ce spot, d'où une baisse de la fréquentation avec un impact sur l'économie locale du surf. Mais les choses changent vite et, dès que les bancs redeviennent bons, les surfeurs le savent rapidement et reviennent sur leur plage de prédilection. »

Auteur : Cédric Grèze

Publié dans La gliss - le surf

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