La tempête réveille le traumatisme de 1999

Publié le par robert

Dans les Landes, les Pyrénées-Atlantiques et le Gers, la puissance des vents devrait atteindre les pointes de l'ouragan de décembre 1999


Les récentes averses avaient déjà provoqué une forte élévation du niveau des cours d'eau de la région, comme la Midouze, ici à Mont-de-Marsan, hier (Photo Miryam Chevaleyre)
Les récentes averses avaient déjà provoqué une forte élévation du niveau des cours d'eau de la région, comme la Midouze, ici à Mont-de-Marsan, hier (Photo Miryam Chevaleyre)

Neuf ans plus tard, la tempête de 1999 revient. La rumeur a pris corps hier matin. Toute la journée, elle a alimenté les conversations au café, au bureau et en famille. Les nouvelles du soir en ont figé plus d'un dans l'anxiété. « Depuis 8 heures, j'ai dû recevoir une quinzaine d'appels de clients qui me demandent si je travaille ce week-end. D'habitude, j'en reçois deux ou trois. On sent les gens inquiets », témoignait hier midi Emmanuel Sacarrère, un artisan couvreur bordelais.

Tous ceux qui résidaient alors dans la région conservent le vif souvenir de ce 27 décembre au soir. L'ouragan qui avait grossi sur l'Atlantique s'était déchaîné sur le littoral, de la Charente-Maritime jusqu'au sud des Landes. 24 heures après un épisode similaire au nord de la France, il avait amené dans son sillage des masses d'eau océanique qui s'étaient engouffrées dans l'estuaire de la Gironde, submergeant tout sur leur passage.

27 morts

Il avait supplicié la forêt, emporté les toits, isolé des villages et coupé les réseaux - pour plusieurs semaines parfois dans les zones rurales. Le bilan humain avait été à la mesure de l'impression visuelle, dramatique. 27 morts, dont 13 en Charente-Maritime, 7 en Charente, 4 en Gironde, 2 en Dordogne et 1 dans les Landes.

1999 revient, et ce n'est pas une formule paresseuse tombée du stylo. Hier à 16 h 18, Météo France a émis un bulletin d'alerte rouge, une grande première dans la région (1). Elle concerne les Landes, les Pyrénées-Atlantiques, le Gers, la Haute-Garonne et les Hautes-Pyrénées ; tous les autres départements de la région restant de couleur orange.

« La situation est très préoccupante. Des rafales à 130 km/h à l'intérieur des terres, ce sont des valeurs très fortes, comparables à celles de décembre 1999. Les différents modèles de prévision sont un peu instables mais on a une certitude : c'est grave », confiait hier Michèle Gaumet, la responsable du service prévisions au Centre météorologique interrégional de Bordeaux.

« Ce que l'on va vivre là est un phénomène relativement rare. Sur les 50 dernières années, on a enregistré des vents de 146 km/h à Bordeaux, 130 km/h à Bergerac, 125 km/h à Mont-de-Marsan, Agen et Dax. Ce que l'on prévoit là va presque au-delà de ces durées de retour », précisait Didier Roquecave, le directeur de la communication de Météo France.

Conséquences dévastatrices

La tempête, dénommée Klaus, qui balaie actuellement la région répond à un mécanisme connu. Elle est née à la limite supérieure de la troposphère, à quelque 12 ou 13 kilomètres d'altitude, d'un « courant jet » d'ouest très rapide. Celui-ci a creusé une dépression profonde à 1 000 kilomètres au large du golfe de Gascogne qui fond sur le littoral. Cette tempête concentrera l'essentiel de son énergie plus au sud que celle de 1999, qui avait pilonné l'estuaire de la Gironde.

Ses conséquences pourraient être aussi dévastatrices. En 1999, le vent d'ouest avait provoqué une surcote (la différence entre la hauteur d'eau prévue et celle constatée) de l'océan de 1,55 m au Verdon et de 2,25 m sur la Garonne à Bordeaux. « Les plus hauts niveaux recensés depuis le début du XXe siècle, alors que le coefficient de marée était limité à 77 », relève-t-on au Port autonome de Bordeaux. Que se passera-t-il ce matin à Biscarrosse, à Mimizan ou sur le lac marin d'Hossegor ?

Inondations attendues

Le coefficient de marée, 53 hier soir et 58 ce matin, est fort heureusement faible. « Mais en 1999 aussi, on nous avait dit qu'il était faible ! Je suis allé voir la Garonne ce matin. Mais je ne veux pas trop affoler mes administrés non plus », soufflait hier Pierre Soubabère, le maire de Saint-Louis-de-Montferrand. Cette commune de la presqu'île d'Ambès, qui marque le confluent de la Garonne et de la Dordogne, à la naissance de la Gironde, avait été submergée nuitamment par les flots déchaînés en 1999.

Aujourd'hui, le risque va concerner autant l'intérieur que le littoral. D'énormes abats d'eau sont redoutés sur des sols déjà saturés par des semaines de précipitations abondantes. Le Sud-Ouest s'achemine vers une semaine difficile.

(1) Depuis la création du système d'alertes par Météo France, en 2001, c'est la septième alerte rouge en France et la première pour une tempête.

Publié dans Le Médoc

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