En 1944, il aide des soldats américains

Publié le par robert

CARCANS. Jean Vigneau avait 17 ans en 1944, il travaillait à la coopérative des résineux quand il se retrouve face à deux Américains


1950 : le feu ravage la coopérative des résineux où travaillait Jean Vigneau. (Photo archives « Sud Ouest »)
1950 : le feu ravage la coopérative des résineux où travaillait Jean Vigneau. (Photo archives « Sud Ouest »)

Au coeur des années 1940, Jean Vigneau était résinier. Il travaillait à la coopérative des résineux, une entreprise qui brûlait en 1950 (voir photo ci-dessus). Au-delà de cet impressionant incendie, iI conserve en souvenir une foule d'images qui constituent toute une partie de l'histoire carcanaise. Jean Vigneau demeure un conteur hors pair, qu'on ne se lasse pas d'écouter surtout quand ses récits remontent à la fin de la 2e Guerre Mondiale.

Jean n'a jamais oublié cette scène qui s'est passée au lieu dit « Le Jonc », un jour du printemps 1944 alors qu'il était âgé de 17 ans, et que, comme tous les Français, il vivait sous l'occupation allemande.

L'inattendu au rendez-vous

«Tout va très vite ce jour-là, quelques minutes d'affrontement entre les forces aériennes allemandes et américaines suffisent pour que la première victime, en l'occurrence un avion de chasse Messerschmitt s'abatte sous mes yeux. »

Pour Jean Vigneau, l'inquiétude monte lorsque « quelques minutes plus tard, à une centaine de mètres du premier, un autre avion, celui-là américain, s'abat à son tour, puis prend feu immédiatement suivi de fortes explosions ». Ce jour-là, deux autres bombardiers américains, de type B 29, ont été abattus, l'un entre Maubuisson et Bombannes et l'autre au lieu dit « La Capère ».

Acte de bravoure

Deux jours après cette bataille, « occupé à charger des fûts de résine au coeur de la forêt, je vois surgir derrière moi, deux hommes, dont l'un porte sur son blouson le nom de John David Teynitson, et l'autre, ne portant pas de nom, a beaucoup de difficultés à se déplacer. Le premier tente de me faire comprendre qu'ils sont aviateurs américains, que son compagnon est blessé, et qu'ils ont besoin de secours et de vêtements civils. Rapidement je comprends qu'il s'agit d'un équipage rescapé d'un des trois avions et j'entreprends de leur venir en aide en contactant le Dr Moulinier, médecin à Carcans. Ce dernier, très surpris, coopère immédiatement et m'explique que le secret doit être bien gardé sous peine de mettre en danger la vie de l'équipage américain, mais aussi la nôtre. »

« Nous rejoignons ensemble, avec le maximum de précautions, nos deux protégés. Pronostic du Dr Moulinier : une forte entorse. » Cette blessure conduit Jean Vigneau et le Dr Moulinier « quatre jours durant aux côtés des deux Américains, afin de leur apporter soins, mais aussi nourriture et habits civils ».

Objectif Bordeaux

« À l'issue de soins intenses, les deux aviateurs aidés d'une minuscule boussole et d'un foulard, qu'ils portent autour du cou, sur lequel figure le plan des routes principales, nous montrent qu'ils souhaitent prendre la direction de Bordeaux, et nous demandent si nous voulons bien les accompagner afin de contourner l'agglomération de Castelnau, particulièrement surveillée.

« À la faveur de la nuit, en compagnie de mon camarade Jean Bon, rassuré par l'expérience de nos deux compagnons de route, nous entreprenons donc une marche par chemins détournés qui nous conduit jusqu'au Taillan-Médoc, lieu de notre séparation ».

Bien entendu, nous n'étions pas dans la confidence, mais à ce stade de notre aventure, nous avions compris qu'après nous être séparés, un point de ralliement secrètement gardé a permis à nos amis d'être pris en charge pour les diriger, comme ils nous l'avaient laissé entendre, vers l'Espagne ».

Cet acte de patriotisme a valu à Jean Vigneau la reconnaissance du gouvernement américain. Quant à John David Teynitson, et son compagnon, leurs traces ont été retrouvées aux États-Unis, mais ils étaient malheureusement décédés.

Auteur : Pierre Vallade

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