Dernière nuit de chasse aux oies

Publié le par robert


LACANAU. Samedi, Gabriel Henocq et ses amis embarquaient pour une ultime veillée nocturne. Reportage

Gabriel Henocq (au fond) dirige la barque à moteur qui permet d'accéder à sa tonne. (Photo C. Le Goff)
Gabriel Henocq (au fond) dirige la barque à moteur qui permet d'accéder à sa tonne. (Photo C. Le Goff)

La petite cabane camouflée semble flotter sur l'eau. En plein milieu du lac. Autour, les appâts sont soigneusement disposés : canards siffleurs, colverts, formes en plastique... Tout est fait pour attirer les oiseaux migrateurs. Gabriel Henocq, président de l'ASELMM (1), ne laisse rien au hasard. Et sa passion, la chasse aux oies, occupe la plus grande partie de son temps libre. « Il ne jure que par ça », confie l'un de ses amis.

Une tonne toute équipée

Samedi, avant la tombée de la nuit, ce « puriste de la chasse » comme il se qualifie, avait donné rendez-vous à ses collègues d'autres départements pour une dernière veillée.

C'est grâce à une petite barque à moteur que l'on accède à l'installation. La cabane (appelée tonne) qu'il loue depuis trois ans se constitue de deux pièces. Un coin cuisine et une chambre de tir, où sont disposés plusieurs matelas. Les fenêtres (vigies) permettent d'observer les mouvements des volatiles.

Durant la saison de chasse, Gabriel Henocq s'y rend deux à trois fois par semaine.

« Je n'ai pas besoin de partir dans les îles, ici c'est le dépaysement assuré ! », s'amuse-t-il. Une cabane en pleine nature, mais pas coupée du monde. Depuis quelques jours, le téléphone portable ne cesse de sonner : les chasseurs de gibier d'eau, en colère, se manifestent de plus en plus.

Fermeture à minuit

Car cette nuit, la traque a un goût particulier : un arrêté récent du ministère de l'écologie fixe en effet la fermeture de la chasse aux oies le soir même, à minuit. Soit dix jours de moins que l'an dernier. À l'heure de l'apéritif, les discussions ne tardent pas à s'engager. « On sait que l'oie est en pleine explosion démographique, et pourtant on nous interdit de la chasser. Aux prochaines élections, c'est certain, il y aura des sanctions », commente Gabriel. Les chasseurs haussent le ton. « On ne demande qu'une chose, retrouver nos dates. On avait bataillé pour chasser jusqu'au 20 février, mais là, c'est trop ! » Le débat s'enflamme, mais l'équipe garde toujours une oreille sur les bruits extérieurs. Un colvert se met à chanter, et les quatre hommes cessent toute conversation. Fausse alerte. La discussion peut reprendre.

19 h 30. L'équipe se concerte. « Celui qui est à gauche tire à gauche, et inversement », explique Gabriel. Chacun règle son fusil et le dispose dans la chambre. Au moindre son, le groupe est sur le qui-vive. Mais les oies ne sont pas au rendez-vous, ce soir. « Elle doivent passer au dessus de l'océan, faute de vent », commentent-ils.

Bredouilles

La nuit tombe, et le calme s'empare du lac. « S'il se passe quelque chose de votre côté, on s'appelle, comme d'habitude », lance Gabriel à un de ses voisins, venu le saluer. Un micro, directement relié à la tonne, est aussi installé pour capter les chants extérieurs. Mais le gibier se fait rare. Toute la nuit les chasseurs se relaient aux vigies, sans succès. Seuls deux canards survolent la tonne.

10 h 30, dimanche matin. L'équipe s'apprête à repartir, bredouille. « C'est aussi cela, la chasse ! » commentent-ils. Sacs, et fusils sont chargés dans la barque. Soudain, les hommes lèvent les yeux au ciel. Onze oies, en triangle, s'arrêtent au-dessus de la tonne. Dans l'embarcation, personne ne bouge. Les oies semblent vouloir atterrir. Gabriel lance le signal : il faut retourner dans la cabane, et charger les armes, au plus vite. L'équipe s'exécute, dans la précipitation. Le gibier roi, lui, est déjà loin.

(1) ASELMM : Association des sauvaginiers des étangs, lacs et marais médocains.

Auteur : Clément Le Gof

Publié dans la chasse

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article