La pêche à la pinasse a laissé des souvenirs

Publié le par robert

CARCANS. Roger Meyre est né en 1927. Résinier, il cultivait une parcelle de terre pour subvenir aux besoins de la ferme. Aujourd'hui, il nous conte « la pêche à la pinasse »
La pinasse « Colette Bernard » construite en 1932 sur un chantier d'Arcachon. Roger Meyre (en médaillon). (PHOTO P. V.)
La pinasse « Colette Bernard » construite en 1932 sur un chantier d'Arcachon. Roger Meyre (en médaillon). (PHOTO P. V.)

«C'était en 1945, juste après la fin de la guerre, j'avais 18 ans, la population comptait environ 500 habitants répartis sur une superficie d' à-peu- près 20 000 ha, les « blockhaus » du mur de l'Atlantique rappelaient encore de douloureux souvenirs à la population. De cette période, je conserve un souvenir intact des moments passés à ''la pêche à la pinasse'' en compagnie de mon cousin Étienne Meyre, propriétaire et chef d'équipe de l'embarcation. »

« Construite en 1932 sur un chantier d'Arcachon, longue d'une dizaine de mètres et d'une largeur d'environ 2 mètres, d'un poids proche de la tonne, elle a été baptisée, en présence d'Anne Béniteau, sa marraine, et portait le nom de ''Colette Bernard''. »

« La pinasse a été acheminée jusqu'à Carcans-Plage à l'aide d'un attelage de mules, puis basée - pour les connaisseurs du lieu - sous un abri confectionné au pied de la dune, à quelques mètres du poste de secours actuel. »

La corne ou le vélo

C'est de cet emplacement que se déroulaient les parties de pêche si la marée le permettait. Mais pour cela, précise notre conteur, « il fallait que le chef d'équipage rassemble entre 18 et 20 hommes prêts à relever le défit des vagues ».

En ce temps-là, raconte Roger, « pour constituer un équipage, il fallait aller rendre visite auxplus avertis ou bien, pour mobiliser d'éventuels volontaires, parcourir les rues du bourg en faisant retentir le son de la corne de chasse ».

« Lorsque l'équipe est constituée, l'action de pêche débute, à marée basse, par la mise à l'eau du bateau. Pour ce faire, il est épaulé jusqu'au pied des vagues, parfois sur une centaine de mètres, et la pratique veut que les grands se positionnent devant et derrière, et les plus petits au milieu compte tenu de la forme arrondie du bateau . »

À la force des bras

« Après avoir réussi - non sans peine - la mise à l'eau, ajoute Roger, l'équipe se scinde en deux parties. L'équipage de bord se compose de 10 hommes, et l'équipe à terre en compte huit ou dix, dont un, appelé ''guetteur''. Sa mission est de localiser le banc de poissons et de diriger, par des gestes, la pinasse sur le lieu choisi. Parallèlement, le rôle des compagnons à terre est d'assurer la maîtrise du filet, à l'aide de longues cordes reliant la pinasse à la terre. »

Pour atteindre la zone poissonneuse préalablement déterminée et effectuer le premier « lan » ou lancer, servant à encercler le poisson, l'équipage se doit de ramer rapidement avec sang-froid et adresse, tout en déjouant les pièges des vagues qui, généralement, ne tolèrent aucune fausse manoeuvre.

Le fruit de la pêche

Les pêches pouvaient être décevantes ou fructueuses. Avec la réussite, certaines actions se soldaient par une « centaine de kilos de poissons, d'espèces variables ». Quant à la répartition de la pêche, la règle voulait que le propriétaire du bateau, en échange de ses frais, conserve un tiers de la pêche plus une part, et que le reste soit attribué à part égale, entre les membres de l'équipe. 100 kg, c'était « à la fois beaucoup et peu », se souvient Roger Meyre, car, dit-il, « ces poissons servaient à la consommation des habitants ». En ce temps-là, affirme Roger Meyre, la vente du poisson n'était pas une priorité ,« il était souvent offert pour service rendu ou parfois échangé contre d'autres produits alimentaires ». Il est vrai que le vent de la liberté commençait juste à souffler sur la côte. Depuis de nombreuses années maintenant, cette méthode de pêche a complètement disparu. Qu'est devenue la « Colette Bernard » ? Roger Meyre l'ignore. Mais une chose est sûre, dit-il, « elle m'a laissé de bons souvenirs ».

Auteur : Pierre Vallade

Publié dans Carcans

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