L'avenir de la forêt landaise en question

Publié le par robert

L'urgence des problèmes à résoudre n'exclut pas une réflexion à plus long terme
La forêt mise à bas : une catastrophe écologique, économique, humaine. À laquelle la profession veut que les autorités de l'État apportent des remèdes très vite. (photo Laurent Theillet)

L'heure est au plan d'urgence. L'interprofession du pin maritime réclame un « Fonds spécial d'indemnisation (des dégâts) et de restauration (de la forêt) ». Elle demande qu'il soit doté, dans un premier temps, de 500 millions d'euros et alimenté si besoin par la suite. Un tel fonds aurait l'avantage, estiment les professionnels, d'éviter les situations conflictuelles qui avaient émaillé l'après-tempête de 1999.

Reste à savoir ce qu'en pense l'État. Selon les forestiers, le gouvernement devrait faire une annonce « mercredi ou jeudi ». Et ils n'imaginent pas que le ministre de l'Agriculture, Michel Barnier, attendu en Aquitaine vendredi, arrive les mains vides. Il a déjà évoqué à plusieurs reprises la possibilité d'activer des fonds européens. Ceux que le président du Conseil régional, Alain Rousset, a déjà sollicités à Bruxelles (1).

Le mot qui dérange

Pour autant, la prudence est de mise. « Le mot indemnisation semble avoir du mal à passer », rapporte le président des sylviculteurs, Jean-Louis Martres, de ses conversations avec le préfet et les hauts fonctionnaires du ministère. « Je leur ai dit : "Si c'est seulement le mot qui vous gêne, trouvons-en un autre !'' » Pourquoi « indemniser » les propriétaires, sachant que la forêt des landes de Gascogne (un million d'hectares) est « privée » à plus de 85 % ? La question est effectivement sensible.

M. Martres résume la problématique en deux éléments principaux. Tout d'abord, dit-il, « la forêt est juridiquement assurable, mais c'est impossible économiquement. Les primes ont très fortement augmenté après 1999 alors que la rentabilité reste faible » (2). Elle n'accède ni au régime des calamités ni à celui des catastrophes naturelles. M. Martres estime que le moment est propice à faire avancer une vieille revendication, « la création d'un compte de soutien pour aléas ».

Culture obligatoire

Ensuite, « la forêt est une culture obligatoire », le propriétaire disposant de cinq ans maximum pour reboiser. Pour changer le foncier de destination, il faut une autorisation préfectorale. « Sans indemnisation, nous ne reboiserons pas », menacent les forestiers. Pour leur président, le maintien de la forêt relève donc d'un « choix stratégique » de l'État, qu'il doit « assumer ».

Le fait est que les sylviculteurs ont pris un gros coup au moral tandis que les idées surgissent de partout pour dire ce qu'il conviendrait de faire ! La proposition d'un lecteur de « Sud Ouest » de replanter en « chêne des marais » désole Yves Lesgourgues, directeur du CRPF (Centre régional de la propriété forestière), « une espèce exotique pas adaptée du tout ! ». Christian Pinaudeau, secrétaire général du Syndicat de sylviculteurs, a, lui, répondu à la tribune libre (« Sud Ouest » du 28 janvier) de Gérard Chausset (les Verts) en lui adressant une photo de Félix Arnaudin. On y voit la lande désolée de Luxey (avant les arbres), en 1870. Il a ajouté ce petit mot : « Merci de reconnaître notre contribution à la biodiversité ». Ambiance. De même, des forestiers seraient démarchés pour mettre des parcelles en fermage, les solliciteurs ayant, dit-on, des arrière-pensées de maïs !

Diversification

Le Comité interprofessionnel du pin maritime et son président, Christian Plantier, admettent que la question de l'avenir du massif est posée, même si elle s'efface momentanément derrière des préoccupations plus immédiates. Mais, d'une certaine manière, la réflexion est déjà entamée. Notamment à travers le plan climat aquitain qui prévoit des expérimentations sur de nouvelles essences, de nouvelles variétés, de nouvelles méthodes de culture, à rotation courte, par exemple. Ainsi a-t-on pu constater que le pin teda, variété nord-américaine, cultivé sur 300 hectares, a mieux résisté à la tempête. Mais, précise toutefois Yves Lesgourgues, « il a besoin d'un sol plus riche que le pin maritime, il ne peut donc être généralisé ».

En fait, l'avenir est peut-être à la « diversification », la « spécialisation », « une occupation intelligente du territoire », selon l'expression de Jean-Michel Carnus, de l'Inra de Cestas (33). Une diversification au niveau des itinéraires de gestion, entre bois d'oeuvre pour l'écoconstruction, sciage, bois énergie... D'autres usages se profilent comme le photovoltaïque. Losse (40) a défriché 300 hectares de forêt communale, loués à EDF énergies nouvelles (EDF-EN) qui y construit une « ferme » de 82 mégawatts capable d'alimenter en électricité 100 000 habitants. Le maire précise que la location « rapporte plus que la vente de bois » !

Reste que personne ne remet en cause l'économie du pin maritime, arbre qui a fait ses preuves. Et une inconnue, une épée de Damoclès : les ouragans comme l'on vient d'en connaître deux en moins de dix ans...

(1) Une nouvelle réunion tempête se tient aujourd'hui au Conseil régional. (2) Avant (2) Autour de 30 euros par mètre cube de pin de 40 ans.

Auteur : jacques ripoche

Publié dans l'environnement

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