Eizaguirre, spécialiste du piégeage des ragondins

Publié le par robert

NATURE. Pour contrer la prolifération du gros rongeur, rien ne vaut le piège. Rencontre
Pour tenter de réguler l'espèce, Jean-Philippe Eizaguirre capture 80 ragondins par an. (PHOTO L.L.C.)
Pour tenter de réguler l'espèce, Jean-Philippe Eizaguirre capture 80 ragondins par an. (PHOTO L.L.C.)

La traque du ragondin commence par la lecture de l'affichage communal où sont exposées les autorisations nominatives de piégeage. La secrétaire de mairie donne quelques explications sur la délivrance de cette autorisation : « Il s'agit de déclarations obligatoires auxquelles sont soumis les destructeurs d'animaux nuisibles, dont le ragondin. » Cet animal suscite, comme tous les rongeurs, beaucoup de préjugés de la part des hommes. Sont-ils justifiés ?

On le rencontre, souvent seul, à la campagne, mais aussi, de plus en plus fréquemment, sur les routes et aux portes de nos villages. Drôle d'animal ! Un peu pataud, une tête sympathique avec ses grosses moustaches et ses incisives oranges : on dirait une peluche. Originaire d'Amérique du Sud, il fut introduit en France, à la fin du XIXe siècle, pour sa fourrure. La crise des années 30 vint tarir le marché. Les éleveurs firent faillite et sans aucun scrupule lâchèrent les ragondins dans la nature.

Pas de caïman pour le manger

L'animal est particulièrement prolifique, une femelle, qui peut procréer à l'âge de 6 mois, aura au cours de sa vie jusqu'à 3 portées, de 3 à 11 petits, par an. Ses prédateurs naturels sont le jaguar et le caïman qui ne se rencontrent pas aux détours de toutes les jalles du Médoc. Une frénésie sexuelle, pas de prédateurs, les spécialistes sont unanimes : « La France a perdu son combat contre le ragondin, l'éradication de ce rongeur a été abandonnée. Il faut désormais réguler les populations. »

A Labarde, Jean-Philippe Eizaguirre en est bien conscient, c'est ce qui l'a amené a exercé l'activité de piégeur, il s'en explique : « C'est un nuisible qui occasionne de gros dégâts dans les berges et les digues et en provoque dans les cultures, pour son alimentation qui représente chaque jour environ 40 % de son poids. Il est en outre porteur de maladies graves, transmissibles à l'homme, comme la leptospirose et la douve du foie. L'empoisonnement a été pratiqué pendant quelques années. Il est désormais interdit car, non sélectif, la faune sauvage et domestique ainsi que les espèces protégées peuvent en être victimes. Le seul rempart à sa prolifération est le piégeage qui est une technique douce de régulation. »

Cette technique lui a été enseignée par des professionnels : « Je suis membre de l'Association départementale des piégeurs de Gironde, pour obtenir mon agrément, j'ai reçu une formation obligatoire de deux jours. Il y a régulièrement des stages de perfectionnement auxquels nous assistons. Cette activité est pour moi un loisir, je l'exerce pour la défense de l'environnement. »

Dans la cage rectangulaire

C'est en sa compagnie, que par un après-midi pluvieux, nous sommes allés capturer les ragondins au lagunage de Labarde. La veille, il avait posé trois pièges, cages rectangulaires dont l'animal actionne la fermeture lorsqu'il y pénètre. Sur le côté, une petite ouverture permet au vison d'Europe, espèce protégée, de s'échapper s'il a la mauvaise idée de rentrer. Mon guide me montre des passages. Le ragondin est un mammifère qui pèse de 6 à 10 kg, mesure 1 m environ et dont la durée de vie est de 4 à 5 ans.

En Gironde, l'Association départementale des piégeurs agréés de Gironde (ADPAG) regroupe 815 piégeurs. Entre juin 2007 et juin 2008, les piégeurs girondins ont capturé : 12474 ragondins, 27 752 autres nuisibles et 1 076 rats musqués. Certains organismes rétribuent les piégeurs, c'est notamment le cas du Syndicat intercommunal des Bassins Versants Artigue Maqueline qui attribue trois euros aux piégeurs par capture de ragondin.

Auteur : Louis Le Co

Publié dans la chasse

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