Sauver la forêt par la résine

Publié le par robert

GEMMAGE. L'ancien résinier Claude Courau est persuadé que la forêt girondine est redevenue compétitive. Il a écrit à deux ministres pour le leur démontrer
Claude Courau, 73 ans, auprès d'un des pins de Gleyze Vieille, près du Porge, où il explique la technique ancestrale du gemmage aux jeunes. (PHOTO FABIEN COTTEREAU)
Claude Courau, 73 ans, auprès d'un des pins de Gleyze Vieille, près du Porge, où il explique la technique ancestrale du gemmage aux jeunes. (PHOTO FABIEN COTTEREAU)

Reverra-t-on un jour des résiniers dans la forêt girondine ? De ce métier antique qui consistait à récolter la résine des pins, il ne reste plus que des kilomètres de sentiers aménagés en pistes cyclables pour les touristes, alors qu'ils servaient autrefois aux travailleurs du gemmage. L'activité, encore florissante dans les années cinquante, a disparu totalement en 1990 quand l'État favorisa l'entrée de la résine portugaise, meilleur marché, et voua la forêt girondine à l'industrie papetière.

Âgé aujourd'hui de 73 ans, Claude Courau n'a toutefois pas oublié l'époque où, jeune homme, il avait pris la suite de son père pour « piquer » les troncs de la forêt du Porge. Mais le métier payait mal et à 26 ans, comme beaucoup d'autres, il intégra la poudrerie de Saint-Médard-en-Jalles pour un salaire mensuel, inconnu dans le gemmage.

Cependant, la passion ne l'a jamais fui. Aujourd'hui, il explique encore aux écoliers et collégiens, dans la clairière de Gleyze Vieille au Porge, comment on fait « saigner » un pin pour le rendre productif. En 1994, il a même inventé un procédé, le gemmage en vase clos, qui a retenu l'attention des industriels : « Avec une poche à bavette en matière plastique, j'ai récolté la résine à l'abri de l'air et de toutes salissures. Puis l'entreprise landaise DRT a mécanisé le procédé manuel que j'avais mis au point », raconte-t-il.

Lettres à Barnier et Borloo

Toutefois, ce procédé n'a pas donné lieu à une exploitation à grande échelle, comme l'espérait Claude Courau. L'industrie chimique, qui utilise la résine pour des produits aussi divers que la parfumerie, les encres, les adhésifs et même le chewing-gum, a continué de s'approvisionner dans les forêts lointaines de Chine, d'Amérique du sud et d'Indonésie, en plus du Portugal.

Mais l'époque, avec son réchauffement climatique, son pétrole cher et son principe de précaution, va peut-être voir renaître la culture de la résine, comme elle a vu réapparaître le vélo, en attendant les péniches sur les fleuves. C'est en tout cas la conviction de Claude Courau, qui a écrit au ministre de l'Agriculture Michel Barnier pour l'inviter à relancer le gemmage dans la forêt des Landes de Gascogne. Il a aussi envoyé une lettre au ministre de l'Environnement, Jean-Louis Borloo, en exprimant cet argument : « On fait parcourir jusqu'à des dizaines de milliers de kilomètres, soit par bateau, soit par la route, à des produits qui viennent du monde entier, pour être traités par des usines qui se trouvent dans les Landes [...] Pourquoi ne pas extraire ces mêmes produits de nos pins maritimes de Gascogne qui se trouvent aux portes de nos usines ? »

Pour la planète

C'est aussi à ce stade qu'intervient l'intérêt de la technique brevetée par Claude Courau, consistant à extraire une résine chimiquement pure : « Nous avons chez nous une matière première de très grande qualité, dont la production participerait au respect de la planète », a-t-il indiqué à Jean-Louis Borloo. De fait, la circulaire européenne Reach impose aux industriels de prouver que les produits chimiques qu'ils produisent et utilisent ne sont pas nocifs, ce qui concerne notamment l'essence de térébenthine et la colophane issues de la résine de pin : « On cherche actuellement des molécules saines et non cancérigènes dont beaucoup étaient sorties du pétrole ».

Mais Claude Courau vient de trouver dans l'actualité de quoi mettre un peu plus d'eau à son moulin. Alors qu'on se pose la question de l'avenir de la forêt landaise, hachée par la tempête de janvier, il estime que la récolte de la résine des pins maritimes permettrait une meilleure exploitation de ceux-ci : « Au lieu d'attendre qu'ils aient 40 ans pour être rentables, et éventuellement d'être par terre, on pourrait commencer vingt ans plus tôt à les piquer et les propriétaires forestiers auraient au moins gagné ça. » Il estime même que les travailleurs forestiers pourraient revenir et entretenir les forêts en dehors de la saison de la résine, laquelle fait relâche l'été.

Bref, après avoir eu l'impression d'être un « has been », Claude Courau est peut-être devenu, à 73 ans, furieusement tendance...

Auteur : HERVÉ MATHURIN
h.mathurin@sudouest.com

Publié dans l'environnement

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Becker Brigitte 27/10/2009 09:49


Je termine la lecture du livre d'Alain Dubos "La sève et les cendres",j'y ai appris beaucoup .J'ai vu lorque j'étais enfant la récolte de la sève dans les forêts de l'île d'Oléron,et bien sûr je
déplore que l'on importe alors que nous avons tout à porté de main(aussi bien matière première que bras disponibles pour travailler).
Merci à Mr Courau et à vous Mr Mathurin


VIVE LA FORET 05/04/2009 12:27

VLF avait accueilli Claude Courau lors de sa dernière assemblée générale. Son exposé sur la récolte de la résine avait été très applaudi.