Moins de CRS sur les plages

Publié le par robert

LITTORAL. L'état révise à la baisse, depuis deux étés, le nombre de policiers mobilisés sur le sable. Non sans frictions : exemple à Lège-Cap-Ferret

Deux CRS et un nageur sauveteur samedi après-midi au poste de secours du Grand-Crohot. (PHOTO JULIEN ROUSSET)
Deux CRS et un nageur sauveteur samedi après-midi au poste de secours du Grand-Crohot. (PHOTO JULIEN ROUSSET)

Rationalisation, dit l'État. Désengagement, accusent les communes. Il ya discorde entre les maires du littoral et le ministère de l'Intérieur, qui a décidé de recentrer ses forces de police sur l'ordre public et la lutte contre la délinquance, aux dépens du nombre de CRS déployés sur le sable : 57 de ces policiers, formés aux activités nautiques, sont affectés cet été sur les plages girondines, contre 80 l'an dernier. Parmi eux, par exemple, Gilbert Lindner, 41 ans, est le chef des trois postes de secours de Lège-Cap-Ferret. Le reste de l'année, il est CRS à Clermont-Ferrand.

Ici, pendant deux mois, son quotidien se partage entre le camping où il loge et les trois plages ferret-capiennes dont il supervise la surveillance : le Grand Crohot, le Truc Vert et L'Horizon. « Pour nous, c'est un bol d'air, on vient sur la côte vraiment avec beaucoup de passion ! »

MNS en renfort

Devoir de réserve oblige, il ne commentera pas l'évolution des effectifs. D'autant que ces données sont à manier avec nuance.

Il y a certes moins de CRS par rapport à 2008. Mais le nombre de sauveteurs, lui, reste le même pour notre département. Comment ? Grâce au renfort de 23 maîtres-nageurs sauveteurs - des « civils », souvent des étudiants, formés à la surveillance des baignades (1).

« Oui, mais ce n'est pas pareil, car les CRS ont, eux, l'autorité de la police, le pouvoir de verbaliser, par exemple en cas de vol, de trafic de stups, d'usage impropre d'un jet ski... », objecte-t-on à la mairie de Lège-Cap-Ferret, également inquiète du « manque de visibilité » quant aux effectifs des prochaines saisons.

La commune vit cette réorganisation aux premières loges : outre qu'elle compte cinq plages sur vingt kilomètres de littoral, elle a pour maire Michel Sammarcelli, président du Sivu pour la surveillance des plages et des lacs en Gironde (2).

« Les CRS, c'est l'État, rappelle-t-il. Moins il y a de CRS, moins il y a d'État, et plus le maire se retrouve exposé. Il faut savoir qu'en cas de noyade sur une zone surveillée, c'est la mise en examen automatique, pour le maire comme pour le chef de poste. Et bien sûr, au niveau moral, c'est un drame douloureux à vivre pour un élu. »

Michel Sammarcelli et ses collaborateurs ajoutent que non seulement le nombre de CRS diminue (de 16 à 12 au Cap-Ferret), mais leur temps de présence a, lui aussi, été réduit : deux mois désormais (juillet et août), au lieu de trois par le passé. Si bien que la mairie a dû renoncer à maintenir l'une de ses plages, la plage de la Garonne, en baignade surveillée.

Verbalisations « rares »

Dans un courrier adressé cet hiver à l'association des élus du littoral, Michèle Alliot-Marie, alors encore ministre de l'Intérieur, avait défendu cette redistribution des cartes.

Rappelant, d'une part, qu'il n'y a pas besoin d'être CRS pour le secours en mer : « tout titulaire d'un brevet national de sécurité et de sauvetage aquatique (BNSSA) peut l'assurer ». Et, d'autre part, que la surveillance des baignades relève « légalement de la compétence des maires des communes concernées », et non de celle de l'État.

Reste que seuls les CRS sont habilités à verbaliser. Une procédure rare : il y a eu « deux ou trois verbalisations » l'été dernier sur la plage du Grand Crohot. Rare, mais parfois requise. Il se trouve que sur cette même plage, samedi en fin d'après-midi, deux touristes en possession de stupéfiants ont été interpellés par les CRS.

(1) Une partie de ces maîtres-nageurs sauveteurs sont formés par la SNSM, société nationale de secours en mer, largement subventionnée par l'État. (2) Ce syndicat intercommunal à vocation unique regroupe les communes d'Arcachon, Carcans, Grayan-et-L'hôpital, Hourtin, Lacanau, La Teste-de-Buch, Lège-Cap-Ferret, Le Porge, Naujac, Soulac, Vendays-Montalivet, Vensac et le Verdon.

Auteur : JULIEN ROUSSET
j.rousset@sudouest.com

Publié dans La sécurité

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