L'été décontracté, mais pas déconnecté du téléphone

Publié le par robert

NTERNET. Le téléphone connecté est l'objet de l'été, entre des ados publiant leur vie et une économie touristique de plus en plus numérique
Les plages bondées, les éventuelles amourettes, l'apéro-crevettes : tout sera « posté » sur Facebook. (Photo Stéphane Lartigue)
Les plages bondées, les éventuelles amourettes, l'apéro-crevettes : tout sera « posté » sur Facebook. (Photo Stéphane Lartigue)

Et pendant ce temps-là, Élodie informe le monde qu'elle prend le soleil à Lacanau. Brune, bordelaise, elle a 25 ans et passe l'été sur Internet. Accessoirement, dans la station balnéaire girondine. Mais les rues bronzées, les plages bondées, les éventuelles amourettes et l'apéro-crevettes, tout sera « posté » sur Facebook, le site-village des gens connectés. 10 millions de Français y déroulent leur autobiographie et leur humeur en direct, dont Élodie et ses copines attablées au Boca Loca, cigarettes, menthe à l'eau et iPhone (ou ses répliques), bibelot indispensable et ustensile estival de l'année.

Il y a une heure, Élodie a informé ses 250 « amis » de Facebook qu'elle a « fait 20 mètres sur la plage et s'est allongée sur le sable ». Et elle a créé une « page » sur le site pour publier ses vacances littorales, commentaires, photos et vidéos. Dans la préhistoire des rapports sociaux, une coutume consistait à envoyer des cartes postales. Ou à raconter ses vacances, parfois à l'aide d'éprouvantes séances de diapos. Internet permet le tout en un. D'autant plus, observe Élodie, que « ce n'est pas facile de raconter les vacances ».

L'iPhone a lancé la vague des « applications » (40 000) censées servir comme un couteau suisse de l'information : Mathilde, 20 ans et 200 amis, montre les jeux, les horaires du cinéma, les commandes au Sushi Shop de Bordeaux. Elle regarde la météo « à fond », le temps qu'il fait au-dessus d'elle et aussi - c'est utile - à Dakar. Elle se connecte « toutes les heures » pour voir si elle a reçu des messages.

À Lacanau, on croise aussi Sofiane, occupé à écouter de la musique sur son téléphone MP3 tout en se connectant à MSN (discussions en direct) et Facebook. Il a écrit qu'il passait la journée à la plage « pour mettre la haine au quartier » de la Benauge, à Bordeaux. Un jour, Sofiane s'est déconnecté « pendant une semaine ». Ses potes ont cru qu'il était « mort », rigole-t-il. La déconnexion, Élodie et ses copines appellent ça le « sevrage ».

Un marché en marche

Jeunes drogués à l'immédiateté, au besoin d'exister, même virtuellement ? Non, « génération Y » au berceau de l'ère numérique et apôtres d'un marché déjà en marche. Car les vacances du futur ont déjà commencé. Avec l'option « géolocalisation », le téléphone portable devient la boussole du touriste dans la jungle estivale. Planté au milieu de la grand-rue, il pianote et trouve : la pizzeria la plus proche du téléphone, un hôtel pour la nuit, un monument et sa biographie, et toute la tribu des connectés locaux à qui poser une question.

Sur le réseau de mini-messages Twitter, quand on ne prépare pas la révolution en Iran, il n'est pas rare de répondre aux sollicitations des vacanciers branchés. Sinon, Bayonne a déjà publié un guide sur Internet, la citadelle de Blaye (Gironde) propose une balade commentée pour iPhone, les balades avec GPS apparaissent jusqu'au fin fond du Lot-et-Garonne (Mézin) ou de la vallée d'Aspe (Etsaut) et le Conseil régional vient d'inaugurer son premier Itinéraire GPS : la Route des vins de La Brède au Langonnais. Sans compter le désormais rituel coup d'oeil sur les sites de vidéos (YouTube, Dailymotion) avant de choisir sa destination.

« 58 millions de Français possèdent un téléphone portable (1). Un tiers s'est connecté à Internet dans les six derniers mois », explique Jean-Luc Boulin, directeur de la Mission des offices de tourisme et des pays touristiques d'Aquitaine (Mopa) au Conseil régional. Dans le métier, on les appelle les « mobinautes ». Ils se sont multipliés avec les forfaits illimités, la technologie 3G et le « phénomène » iPhone.

« La première demande des touristes est de pouvoir se connecter à Internet. » Du coup, l'enjeu pour les professionnels du tourisme est le même que pour les ados : exister sur la Toile. Et, pour mieux vanter leur riante station balnéaire, publier autre chose que des vidéos de biture, la principale occupation de ces cabots d'ados.

La déconnexion tendance

Devant cette vie connectée à outrance, une tendance est née : les vacances déconnectées. Comme si la pause estivale ne se jouait plus dans le passage du boulot à la plage, mais entre la vie et le virtuel. « C'est une vraie question : est-ce que la déconnexion implique de vraies vacances ? », pose Jean-Luc Boulin. « L'addiction à la connexion permanente limite-t-elle la liberté de l'esprit ou pas ? » Lui pense que non. Que la télé au camping est déjà une connexion. Et la lecture, itou. « La question n'est pas de savoir si c'est bien ou mal, puisque ça existe. » Cela dit, même les jeunes en reviennent. Pierre, 21 ans, philosophe façon sujet du bac : « Le simultané pousse à la superficialité. » Et Emmanuelle, 23 ans, qui pense que « les rapports immédiats faussent tout », plonge la main dans son sac. Elle en sort, drôle d'objet, un livre.

(1) Selon une étude de l'Autorité de régulation des télécoms (Arcep), réalisée en décembre 2008.

Auteur : adrien Vergnolle
a.vergnolle@sudouest.com

Publié dans L'océan

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