Ils surfent sur la vague des écoles

Publié le par robert

LACANAU. Franky Lagardère et Gilles Cirilli ont créé cette année une école de surf et veulent revenir aux racines de leur discipline


Gilles Cirilli veut proposer à ses client(e)s un « surf militant ». (photo T. s.)
Gilles Cirilli veut proposer à ses client(e)s un « surf militant ». (photo T. s.)

«Franky est un beach boy », dixit Gilles Cirilli. Un abdominal homme des plages, célibataire, qui ne vit que pour l'Océan. Il faisait l'école buissonnière à 12 ans pour aller surfer et affirme qu'il privilégiera toujours « la vague à sa belle-mère ». À 40 ans, Franky s'est décidé. Toujours pas de sirène à l'horizon, mais une école de glisse : la Franky Surf School. L'année dernière, il a quitté le Lacanau Surf Club (LSC), une structure dans laquelle il a fait ses armes en tant que moniteur pendant quinze ans. « Au Lacanau Surf Club, tu es noyé dans la masse, tu fais partie d'une équipe de moniteurs. Et j'étais arrivé à un moment de ma vie où je n'avançais plus. Je faisais des tâches administratives, qui ne me correspondaient pas. »

Franky Lagardère a préféré s'épanouir en solo, sur la plage et avec sa propre clientèle. En avril, il profite du statut d'auto-entrepreneur et crée une école à son effigie. « Je veux que mes élèves puissent dire qu'ils ont appris le surf avec Franky. » Avant d'avouer : « J'avais besoin de reconnaissance. »

Gilles Cirilli, 41 ans, a, au premier abord, l'air d'être le plus sage des deux. Il a monté sa « surf school » un mois plus tôt que son compère, en mars. Une micro-entreprise (Koala Surf School) qui lui correspond mieux. « Je n'ai personne au-dessus de moi, ni en dessous », explique ce Marseillais d'origine. « Il fallait que je tente l'aventure maintenant, sinon je ne l'aurais jamais fait. » Dans sa valise : un brevet d'État option plongée sous-marine, natation et surf. Et vingt-trois ans d'expérience en tant que maître-nageur sauveteur. D'abord dans un quartier défavorisé de Marseille. Puis à Saint-Médard-en-Jalles, dans la banlieue bordelaise, où il alterne pendant trois ans entre son boulot de MNS l'hiver et l'enseignement de la glisse en saison au Lacanau Surf Club.

Amour, gloire et beauté

Aujourd'hui, une dizaine d'écoles de surf sont implantées à Lacanau. Les vacanciers viennent faire du surf l'été comme ils vont au ski l'hiver. Gilles et Franky ont investi le créneau face à une demande toujours plus importante. Et sont partis la fleur au fusil en revendiquant un esprit d'enseignement différent. « Loin du fonctionnement des usines où s'enchaînent les cours », précise Franky.

La gérante d'un magasin de glisse à Lacanau-Océan commente l'initiative des deux quadragénaires : « Au départ, ceux qui créent des écoles sont tous des surfeurs. Mais quand le surf s'est démocratisé, les petites structures se sont transformées en grosses maisons, et on s'éloigne de ce qu'était le surf à l'origine. » L'esprit surf de Lacanau est devenu une image d'Épinal, un blason écorné que les deux hommes veulent redorer. Gilles propose à ses client(e) s un « surf militant ». Pour cela, cet ancien membre de la CGT a choisi le nomadisme : il va chercher ses élèves en camion, les emmène sur des spots sauvages, loin des plages saturées de Lacanau. « C'est l'esprit aloha : paix, amour et partage. »

Franky a lui aussi lancé son atout marketing : le « coaching system ». Grâce à un casque waterproof avec écouteur intégré, il peut, du bord de la plage, corriger ses élèves qui sont dans l'Océan. Plus ou moins dosé, l'esprit surf des deux compères fait la force de leurs cours. Mais la réalité économique n'est pas forcément au rendez-vous.

Business is business

Pour l'instant, Gilles ne fait pas ses comptes. Il juge son début de saison bon, avec deux créneaux par jour de cinq élèves en moyenne. Il se refuse à embaucher des moniteurs, pour rester au plus proche de l'esprit initial. « J'aurais pu choisir d'engranger un maximum, avec cinq cours par jour, mais je ne suis pas philanthrope. »

Franky, lui, est plus nuancé. Son début de saison reste du « bricolage », dit-il. Avec une vingtaine d'élèves par jour, il ne rentre pas encore dans ses frais. « Si j'atteignais 40 clients par jour, ce serait fabuleux, mais ce n'est pas possible tout seul », confie-t-il. Il envisage d'ores et déjà de passer de trois à quatre cours par jour. « Sans prendre le risque d'embaucher », précise-t-il. L'année prochaine, il va même investir, avec le magasin Banana Shop, qui accueille la structure de Franky, dans une formule cours de surf plus hébergement, avec salle de musculation et piscine. Tout un programme.

Auteur : Thomas Ségui

Publié dans La gliss - le surf

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