Sur la plage règlementée, coquillages et imprudents

Publié le par robert

BAIGNADE - 1270719850_37218d9f2f_b Depuis l’allée piétonne qui mène à la plage, on aperçoit le drapeau jaune bien visible qui flotte sur le toit du poste de secours de la plage centrale de Lacanau. «Baignade dangereuse mais surveillée». Le temps est plutôt couvert, le vent souffle, la signalisation paraît logique. «Ici, c’est drapeau jaune tous les jours» prévient en riant Vincent Bousignière, l’adjoint au chef de poste. «le drapeau vert, on ne le hisse pas plus de trois fois dans la saison. Il faut que les conditions soient vraiment exceptionnelles.» Les présentations sont faites, nous sommes sur une plage typique du littoral aquitain. Belle avec son sable blond et ses vagues qui déferlent mais pleine de dangers. En cette fin de matinée, la plage se remplit doucement. Dans le poste de secours, ça vibre déjà comme dans une ruche. Depuis la vigie, une avancée vitrée qui domine le paysage, deux sauveteurs scrutent le sable et l’océan avec leurs jumelles. La radio grésille. Les deux secouristes perchés en haut du mirador sur plage et chargés de surveiller la zone de baignade demandent du renfort. Ils ont besoin de quelqu’un pour assurer la surveillance «en fond de zone». Autrement dit, pour empêcher les baigneurs de s’aventurer trop loin dans l’océan. «S’ils ont de l’eau jusqu’à la poitrine, il faut déjà leur faire rebrousser chemin» précise un sauveteur. Un tablier de cuisine enfilé sur son slip de bain, le chef de poste, le brigadier Pascal Rouillier fait une entrée remarquée. Il lâche son couteau de cuisine pour s’emparer d’une paire de jumelles. «Le kite là, il faut le virer super sud.» Traduction : un kite-surf qui évolue juste à côté des baigneurs doit être orienté vers la zone qui lui est réservée.

Tous les jours, Pascal Rouillier prend le temps de cuisiner pour ses 15 sauveteurs. «Les repas en commun, c’est bon pour la cohésion du groupe. Les secouristes doivent travailler en osmose pour la sécurité de tout le monde.» La sécurité, la préoccupation constante ici. Le matin, les MNS (maîtres-nageurs sauveteurs) arrivent deux heures avant l’ouverture de la baignade surveillée. «On se met à l’eau, on nage ou on fait du surf pour voir les vagues et se rendre compte de la façon dont le courant tire.» En fonction des observations recueillies et de la physionomie de la plage, les sauveteurs définissent alors l’emplacement de la zone de bain qui va évoluer toute la journée au gré des marées. En général, les drapeaux bleus qui délimitent l’emplacement de la baignade surveillée sont plantés de part et d’autre d’un banc de sable. Il faut surtout éviter les baïnes, ces trous caractéristiques du littoral girondin et landais. A l’intérieur de ces cuvettes, des courants se forment qui peuvent très vite aspirer un baigneur. «On peut facilement prendre 50 mètres en 10 secondes» précise Julien Beaumont, un des secouristes. En balayant la plage d’un coup de jumelles, il repère un gamin qui se baigne seul hors de la zone réglementée. Deux sauveteurs sont envoyés à sa rencontre. Coup de sifflet, rappel à l’ordre. L’adolescent ne comprend pas bien ce qu’on lui veut. Ses parents au bord de l’eau, non plus. Il s’agit de touristes étrangers totalement ignorants des dangers de l’océan. «Malheureusement, depuis quatre ou cinq ans on note que les gens sont beaucoup moins attentifs aux consignes de sécurité. Ils ont besoin qu’on soit fermes avec eux pour accepter les règles» indique le capitaine Jocelyn Jeanneau, l’officier responsable des secours sur toute la zone Aquitaine.

Les interventions ne sont pas forcément plus nombreuses d’une année sur l’autre ( 24 depuis le début du mois de juillet contre 27 l’année dernière à la même période) mais ce qui use les sauveteurs, c’est la prévention. «Deux cents fois par jour, il faut aller dire aux gens, « vous êtes dans une zone dangereuse», en restant toujours courtois. Psychologiquement ça perturbe» explique Vincent Bousignière. Sans compter que les sauveteurs doivent aussi de plus en plus souvent assurer une mission de police notamment pour rappeler à l’ordre, les jeunes qui amènent leurs bouteilles d’alcool sur la plage ou ceux qui veulent absolument braver l’interdit. Problème, les hommes sont de moins en moins nombreux pour cela. Depuis deux ans, l’Etat réduit les effectifs policiers qu’il met à la disposition des communes pour assurer la surveillance des plages. 15 CRS étaient affectés au poste de Lacanau, l’été dernier. Ils ne sont plus que 11 cette année. Pour parvenir à un effectif suffisant, les municipalités sont obligés d’embaucher davantage de sauveteurs civils. Ils sont souvent jeunes et moins aguerris et coûtent aussi beaucoup plus cher.

Stéphanie Lacaze

Libé Bordeaux

Publié dans L'océan

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