« Non, vraiment, avec les vêtements, j'ai du mal »

Publié le par robert

NATURISME. Marre des centres fermés et des plages nudistes non surveillées ? Optez pour la « randonue » en toute liberté, quitte à croiser des « textiles ». Exemple sur le lac d'Hourtin
Des randonneurs nus autour du lac d'Hourtin, il y a une dizaine de jours. (Photo Stéphane Lartigue)
Des randonneurs nus autour du lac d'Hourtin, il y a une dizaine de jours. (Photo Stéphane Lartigue)

Et pendant ce temps-là, un quatuor se dépoile sous les pins d'Hourtin. Il est 10 h 30, on vient de quitter le parking du cercle de voile de Piqueyrot, au nord du lac ; à 200 mètres du GR où filent les vélos, on a bifurqué à gauche, dans le sous-bois, puis direction la plage. On marche avec François, Dominique, Christophe et Isabelle. On regarde les roseaux piqués, l'eau où le ciel s'irise, les pins et les bateaux, toute cette calme aquarelle, et soudain, Dominique est nu. Chaussures de marche, sac à dos et lunettes, et rien. En dix minutes, toute la troupe s'est déshabillée, comme on enlève son manteau en rentrant à la maison. Débarrassés d'un poids gênant. C'est la « randonue », nouvelle tendance du naturisme : vivre nu en liberté, n'importe où, quitte à croiser les « textiles », ces gens qui, bizarrement, portent des vêtements.

Rando normale (« Oh, regardez la libellule bleue ! ») et sorte de manifeste écolo-droit-de-l'hommiste (l'Association de promotion du naturisme en liberté considère que vivre nu est « un droit humain fondamental » à inscrire dans la Constitution), les randonues ont un ennemi qui s'habille, lui, et en bleu.

Le gendarme verbalise les paires de fesses à l'air hors aires agréées. Les randonneurs pas nus ont tendance aussi à signaler les Adam en sac à dos. Et même si le septième commandement de la randonue ordonne de proposer l'apéro aux textiles croisés sur le chemin « de façon à ouvrir le dialogue », cette tribu tous attributs dehors risque un an de prison et 15 000 euros d'amende. Pour avoir « imposé » leur nudité loisir à la vue des gens. Eux disent qu'ils n'imposent rien. « C'est pour cela que quand on croise quelqu'un, on essaye d'enfiler rapidement un short ou un paréo, pour cacher le sexe », explique François. Ou alors, quand passe un quidam, les randonneurs nus tournent sur eux-mêmes pour ne présenter que la lune au soleil.

Pas de l'exhibitionnisme

Nos promeneurs en appareil minimal rêvent de l'Espagne, plus permissive. François a organisé une rando dans les Pyrénées, côté espagnol, à Encantate. « Un autre monde. On croisait des textiles sans arrêt. "Bonjour", comme si de rien n'était. » Le contraire, en France. Dominique se souvient d'une randonue, au printemps, dans le Var, où l'association avait obtenu un arrêté municipal. « Une première en France : les policiers nous suivaient, ils mettaient des barrières. »

Déjà qu'ils n'aiment pas les cages en tissu, les randonneurs nus sont des naturistes qui refusent les barrières des centres. « Il y a toute une génération qui considère les centres naturistes comme des camps. Une concentration, un ghetto », explique François. Il reste la plage. Mais, au bout d'un moment, le paysage est assez lassant, de l'eau, du sable. D'où l'idée de créer des espaces « provisoirement » naturistes à mesure qu'on marche.

Les baladeurs nus choisissent des endroits où peu de monde passe. Hourtin, par exemple, est proche du centre Euronat et du Centre héliomarin, le plus vieux rendez-vous naturiste en France (1949). Vivre sans pantalon est une sorte de tradition par ici.

Sinon, la dizaine de pratiquants en Gironde se promène sur le « circuit de Mauriac » à Saint-Symphorien, dans la forêt du Porge, au Pin Sec sur le chemin de Saint-Jacques ou entre le Pyla et Cazaux. À l'Apnel, le premier qui a une bonne idée de rando lève la main.

François a 63 ans, retraité du secteur médico-social, il aime « être nu ». Sa première randonue, c'était il y a trois ans dans les gorges du Verdon, il faisait chaud, l'herbe était haute, il a tombé le short. « Je me suis mis à poil en me disant "on verra bien". » Deux heures, ça a duré. « Il faut le vivre. C'est comme se baigner sans maillot. » Dominique, 58 ans, enseignant, est naturiste depuis ses études. « Après 68, on ne se posait pas de questions. On allait à la plage, on se mettait à poil. » Quand les enfants ont été grands, il s'y est remis. Il est question d'une philosophie de vie, Dominique est écolo et essaye de « bouffer bio », de réduire sa consommation énergétique. Ou alors, c'est juste agréable. « Tout le monde l'a expérimenté. Dans sa salle de bains, au moins, ou sur une plage. » Ou une piscine perso, l'air de rien. Dans l'intimité de son jardin, le Français serait assez friand de tondre son gazon, les fesses à l'air. Christophe, lui, habite carrément dans le centre Euronat (200 résidents), avec Isabelle, « pour être nus le plus possible ». Elle était fonctionnaire de la Sécurité sociale des marins ; lui était ingénieur informatique. Aujourd'hui, ils tiennent... la blanchisserie des sans-culottes. Il pleut. Isabelle dit que « c'est génial » quand il pleut. Pas comme dans un tee-shirt, où « ça poisse » quand ça mouille. « Non, vraiment, le vêtement, moi, j'ai du mal. Ce n'est pas naturel d'être habillé. »

Tous parlent d'ambiance. De calme. De gens pas envahissants. D'une nudité qui ne devrait pas être insolite. Ils soupirent quand on fait remarquer que, sur les plages, les seins nus ont disparu.

Auteur : Adrien Vergnolle
a.vergnolle@sudouest.com

Publié dans l'environnement

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