Lacanau, ça c'est du spot

Publié le par robert

Stéphane MORÉALE de la Charente libre (site)



Jusque-là, Lacanau c'était le trou perdu. «Un petit bled de 300 habitants à tout casser. Il y avait la mer, on faisait un peu de contrebande de cigarettes», se souvient Thierry Organoff, 55 ans, surfeur et reporter-photographe. Aujourd'hui, Lacanau c'est une petite ville balnéaire de 4.009 habitants l'hiver, sur la côte girondine, à 100 kilomètres à l'ouest de Bordeaux.

Thierry a vécu l'essor de la petite station avec l'arrivée de la vague surf. «C'était le Far-West, il y avait quelques maisons et puis l'océan», ajoute Josette, alerte sexagénaire qui se rappelle ces week-ends où, adolescente, elle prenait avec ses frères le train pour Lacanau à la gare Saint-Louis de Bordeaux: «On n'avait pas de voiture à l'époque !» Alors principale voie d'accès au site, la ligne Bordeaux Saint-Louis / Lacanau est ouverte dès 1885. Elle est prolongée vers l'océan sous l'impulsion de Pierre Ortal, un Canaulais au nez creux, chef de service aux Chemins de fer des Landes. C'est lui qui propose dès 1884 à la municipalité de Lacanau de construire la station de Lacanau-Océan sur les dunes littorales de la commune.

Toute ville a ses mythes fondateurs. Ici il en est un, tenace, qui attribue l'essor de «Lacanau City» à l'importation du surf par quelques pionniers de retour de vagues lointaines. C'est inexact. «Le surf n'est arrivé ici qu'au début des années 60, après avoir débarqué à Biarritz, assure Thierry Organoff. Il y avait alors pas plus d'une vingtaine de surfeurs dans le coin».

Avec les congés payés, Lacanau se métamorphose

C'est aux congés payés qu'on doit la métamorphose dans les années 60 et 70 de Lacanau en ville balnéaire. Oh, certes, une petite ville, et pas dans le style de Soulac au Nord, où Biarritz au Sud: pas le même public ! Cela changera un peu avec la construction de hameaux chics comme le Huga, mais en attendant, tandis que la bourgeoisie bordelaise privilégie ces dernières pour prendre le soleil, Lacanau est le lieu de rendez-vous des classes populaires et moyennes de l'agglomération bordelaise, en plein essor avec le développement de l'industrie aéronautique et électronique. Lacanau n'est qu'à 40 km de Saint-Médard-en-Jalles, une des villes de l'ouest de l'agglomération alors en pleine explosion démographique.

Cette ruée vers les plages canaulaises coïncide avec la volonté du département de la Gironde de mettre en avant une commune phare pour développer le tourisme. C'est le deuxième coup de pouce du destin: Lacanau est choisie !

Et puis vint en 1979 le Lacanau Pro, compétition de surf dont on fête en août les 30 ans. «Le Lacanau Pro a vraiment fait démarrer la ville, surtout quand l'épreuve entre dans le circuit pro en 1983, raconte Thierry Organoff. Les organisateurs avaient de bons contacts avec les décideurs australiens et américains qui cherchaient une étape française. Après, les télés et journalistes étrangers sont venus couvrir l'épreuve... et ça a décollé !» Aujourd'hui, Lacanau prend l'été des airs de Saint-Tropez, le côté bling-bling en moins (on n'est quand même pas au Cap-Ferret !). Sa population passe alors à 80.000 résidants, «avec des pointes à 100.000 personnes la journée à partir du 15 août», confie Pascal Mouzon, de la mairie de Lacanau. Alors, bonjour les bouchons ! La route qui mène à Lacanau-Océan n'a jamais été élargie.

Le surf fait tourner l'économie

Le cœur de la station bat donc aujourd'hui au rythme des vagues. On y compte pas moins de six écoles de surf, deux clubs et un nombre remarquable de surf shops. Une véritable économie qui tourne à plein régime dès mars quand rouvrent les écoles, jusqu'en novembre et leur fermeture.

Une bonne part de la jeunesse canaulaise baigne aujourd'hui dans l'esprit surf. «Rien que dans mon club, le Lacanau Surf Pro, on est environ 200 licenciés, avoue Adrien Valéro, jeune canaulais de 22 ans, dont seize de surf. J'ai commencé à six ans, à plat ventre sur une planche de bodyboard. Et puis un jour je me suis levé». Sur les trois plages, Sud, Centrale et Nord, ils sont nombreux, couchés sur leur planche, à guetter «le» tube. «Comment on sent la vague ? C'est l'œil, l'habitude de regarder les rouleaux, explique Adrien. On devine ce que la vague va faire dans les premiers mètres.» Quand on parvient à enfiler un «bon» tube, alors vient une drôle de sensation... «unique, une émotion qu'on ne ressent dans aucun autre sport, avoue Adrien. Une sensation de puissance, de liberté et de rapport à l'élément naturel: il faut s'approprier la vague, sans elle, on ne fait rien. Mais ce rapport est aussi fait d'humilité: quand elle grossit, on sent qu'on n'a plus de pouvoir face à l'élément».

A Lacanau, la vague, on l'a dans la peau. Quand on bosse, c'est souvent au milieu des planches. C'est le cas de Geoffroy, 27 ans, pote d'Adrien, surfeur depuis dix-sept ans. Geoffroy n'a que l'avenue de la plage à traverser pour rejoindre le surf shop où il travaille comme réparateur de planches.

Bonne nouvelle: le virus de la vague touche de plus en plus de filles. En sortant du bar avec Adrien, on croise ainsi Fanny, 15 ans dont cinq de glisse, «C'est un sport physique, elles sont moins puissantes que les mecs mais leur glisse est plus esthétique», avoue Adrien. Il suffit de voir comment l'Australienne Stéphanie Gilmore, championne du monde en 2007 à 19 ans dès sa première année dans le circuit pro, «chope» les vagues. Le surf, c'est un truc de filles !

A lire: «30 ans Lacanau Pro, the French Pro, édition Colp (Comité d'organisation du Lacanau Pro)».

Publié dans La gliss - le surf

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