Tu viens te beignet ?

Publié le par robert

LACANAU. La vente de gourmandises se partage entre le front de mer et la plage. Une cohabitation parfois difficile face à la prolifération du juteux commerce ambulant Les vendeurs de beignets parcourent plusieurs kilomètres par jour pour vendre leurs produits sur les plages de Lacanau. (photo t. s.)
Les vendeurs de beignets parcourent plusieurs kilomètres par jour pour vendre leurs produits sur les plages de Lacanau. (photo t. s.)

Au pays du surf, le beignet est roi. À Lacanau, la mairie laisse libre cours à la vente ambulante sur la plage. « La mairie n'a pas l'obligation de réglementer. Sauf s'il y a conflit d'usage, alors le maire peut utiliser son pouvoir de police », explique-t-on à la Subdivision territoriale et maritime d'Arcachon. Dans ces conditions, les vendeurs sont comme des poissons dans l'eau.

« En six ans, six entreprises se sont montées et quatre ont fermé », se souvient le patron du Tiki, qui officie dans la branche depuis quatre ans. Des vendeurs ambulants qui, devant la facilité de monter ce genre d'affaire, n'hésitent pas à se lancer.

Pour le matériel, il suffit d'une chambre froide et d'un véhicule. Et pour les autorisations, il s'agit d'obtenir une attestation saisonnière auprès de la préfecture, d'être inscrit à la Chambre de commerce et d'industrie.

900 euros la journée

L'été dernier, quatre entreprises se « partageaient » les plages. C'était l'anarchie. Le patron du Tiki raconte : « Il y avait une trentaine d'ouvriers de plages. C'était mauvais pour l'image, il y avait des clashes et les clients se plaignaient : on venait les aguicher toutes les deux minutes. »

Cet été, il y a moins de concurrence. Deux entreprises ont survécu à la guerre des beignets, et un ancien « ouvrier du sable » - « Beignator » - vendait tellement qu'il s'est mis à son compte.

La micro-entreprise Tiki investit les plages de Lacanau depuis quatre ans. Pour son patron, cette longévité est due à la « légalité » de son affaire.

À savoir, payer son dû à l'État et ses employés au Smic horaire, à la fin du mois. « Au départ, je ne déclarais pas mes ouvriers. Mais j'ai vu trop de boutiques qui ont fermé, alors je me suis plié aux règles », explique-t-il. Des vendeurs ambulants qui ne déclarent pas leurs employés : ce serait une pratique courante, selon l'Urssaf. Mais la dernière opération sur les plages de Lacanau de l'organisme qui contrôle les déclarations des activités et des salaires, effectuée, il y a trois ans, n'avait relevé « aucun souci particulier », se souvient l'inspecteur.

Si les vendeurs foisonnent l'été, c'est aussi parce qu'à la fin de la journée le tiroir-caisse est vite rempli. Vendu 2, 50 ?, le prix brut d'un beignet leur revient à 60 centimes. S'il a plusieurs ouvriers, le chiffre d'affaires peut atteindre 900 euros à la fin de la journée !

Ces entreprises restent tributaires de la météo. Le patron du Tiki souligne : « L'année dernière, on a eu un sale été. On a fait moitié moins de chiffre. » Sans compter les pertes (beignets non vendus ou tombés) qui peuvent s'élever jusqu'à 30 % du total de beignets.

Pas frais ton beignet ?

Face l'attractivité d'une telle affaire, certains snacks du front de mer crient à la « concurrence déloyale ». D'autres relativisent, comme le patron du Baracuda : « Sur la plage les beignets sont surgelés. Les nôtres sont frais, produits le matin même. Et ajoute : Moi, ils ne me font pas de tort, je fais mon chiffre grâce à d'autres aliments, vendus autrement qu'à la sauvette sur la plage. »

Les services vétérinaires ont contrôlé les vendeurs ce mois de juillet. Bilan : quelques beignets jetés à cause d'un coup de chaud.

Dans d'autres communes de la côte médocaine, les démarches pour entreprendre la vente de beignets sur la plage sont plus complexes. Christophe Birot, le maire de la station balnéaire d'Hourtin, ne veut pas de vendeurs sur sa plage. « C'est par choix économique avant tout. On essaie de préserver un tissu de commerçant local, qui a déjà du mal avec la crise. »

En 2003, le débat est remonté jusqu'à l'Assemblée nationale. Le secrétaire d'État en charge des petites et moyennes entreprises et du commerce de l'époque, Renaud Dutreil, avait souligné qu'il y avait largement assez de contrôles pour réguler les ventes sur les plages.

Auteur : Thomas Segui

Publié dans économie

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