Esprit, es-tu encore là ?

Publié le par robert

SURF, CIRCUIT PRO. Avec l'arrivée massive des marques pour financer champions et compétitions, le surf a évolué, s'est professionnalisé et le mythe du surfeur « baba cool » semble avoir été mis à mal


Tous les surfeurs n'ont pas une vie aussi facile que le « king » Kelly Slater. (photo ap)

Pas de doute. Le surfeur a encore ce petit truc en plus qui échappe à l'homme moyen, éternel jaloux de sa popularité. Plutôt beau gosse, musclé, les cheveux légèrement dorés par l'océan... et les filles. Mais n'en déplaise à certains, le surf, lui, a changé. Il a évolué. Les trois « s », « surf, sable et soleil » qui ont fait le succès de ce phénomène de société, dont l'essence reste mystérieuse pour le profane, se sont vus compléter par un terme des plus envahissant : « sponsors ».

Certes le « free surfeur », nomade avide d'aventures, existe toujours. Mais sur le circuit pro, c'en est fini de lui. Les grandes marques de surf, mécènes quelque peu intéressés, ont transformé beaucoup de choses dans la famille du surf.

Et comme l'explique Gilles Darquet, entraîneur dans le team Rip Curl actuellement en compétition sur le Oakley (la compétition junior du Lacanau Pro), l'argent a apporté du bon et du moins bon à la discipline : « Cela a permis à pas mal de surfeurs de se révéler, d'aller un peu visiter le monde. Les compétitions se sont professionnalisées. Chaque marque a des coaches, des managers. Les jeunes sont mieux encadrés. Ils peuvent voyager. On peut les amener en Australie. On peut aider la fédération à financer des entraînements. Tout ça c'est le bon côté des choses. Après le problème, c'est que sur certaines compétitions, c'est un peu la foire. La compétition devient le prétexte à des animations qui n'ont rien à voir avec le surf. »

Concerts, vente de vêtements « surf wear », promotion surpuissante des marques les plus célèbres... Tout ceci pour que le grand public vienne en masse à la compétition, condition sine qua non à sa pérennisation. La démocratisation a un prix.

Le Pro, une vie idyllique ?

Alors, perverti par l'argent le surf ? « L'esprit est toujours présent », clame Gilles Darquet. Lui s'efforce, dans son travail de formation, de transmettre la philosophie des aînés à ses graines de champion. Et ce malgré la terrible sélection des teams, dans les lesquelles ne restent que les meilleurs, les plus bosseurs. « C'est sûr que les jeunes ont déjà la pression. Mais c'est aussi une source de motivation. Après il y a moyen de conserver l'esprit surf. Il faut que les entraîneurs leur fassent vivre les deux. » La compétition et les moments plus cools, à « l'ancienne ».

Tous ces jeunes surfeurs poursuivent le même objectif : devenir un champion. Et pour cause. Un membre de l'élite mondiale (le circuit WCT, le Top 44) vit une vie semble t-il idyllique. Sponsorisé et cocooné, il voyage, beaucoup, va de spots en spots affronter les meilleurs surfeurs sur des compétitions où les primes se chiffrent en centaines de milliers de dollars, ou se mesure lors de « trip » aux plus belles vagues de la planète dans des endroits paradisiaques. Le rêve !

Mais tout le monde n'est pas logé à la même enseigne. Pour la plupart, il faudra bosser dur tout au long de l'année, participer à un maximum de tournois WQS (la 2e division), moins attrayants, mais qui permettent de prendre des points pour assurer son maintien dans l'élite. Dur dur d'aller chercher des vagues molles dans les eaux froides du Portugal ou en Angleterre quand Hawaï vous appelle !

Les contraintes des sponsors

C'est qu'être qualifié en WCT, ça change tout. D'abord au niveau des compétitions car les plus belles vagues sont réservées à l'élite. Mais aussi au niveau financier. Le surfeur classé entre la 150e et la 100e place mondiale, donc déjà brillant, pourra espérer empocher entre 20 000 et 30 000 euros par an. Pas vraiment énorme, surtout si sont pris en compte les frais des voyages perpétuels.

Pour les 44 meilleurs par contre, une somme rondelette de 100 000 euros peut être approchée. Sans parler du « king » Kelly Slater, la star des stars, qui flirte avec le million d'euros chaque année. « On est loin des autres sports individuels comme le tennis ou le golf... Le surf n'en est encore qu'à ses prémices », selon Gilles Darquet.

La contrepartie de vivre de sa passion ? Les contraintes imposées par les sponsors. Le surfeur pro s'est presque transformé en page de pub. Il devra participer à la promotion de la marque, et en véritable ambassadeur, accepter de participer à des opérations promotionnelles... Des choses pas toujours évidentes lorsqu'on est épris de liberté.

Auteur : Julien Grousset

Publié dans La gliss - le surf

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