L'éolien secoué par les frondes

Publié le par robert

ENVIRONNEMENT. Des opposants à l'implantation d'un parc éolien manifestent ce matin à La Rochelle. Partout, le front du refus s'étend, et il compte aussi des écologistes...

Éoliennes à Saint-Crépin (17). Les opposants dénoncent les nuisances sonores et visuelles, et mettent en doute l'efficacité énergétique. (Photo Dominique Jullian)
Éoliennes à Saint-Crépin (17). Les opposants dénoncent les nuisances sonores et visuelles, et mettent en doute l'efficacité énergétique. (Photo Dominique Jullian)

Ce matin à 10 heures, les opposants à l'implantation d'un parc de huit éoliennes à Marsais vont se compter devant la préfecture de La Rochelle. En juin dernier, 200 personnes s'étaient déjà déplacées depuis cette petite commune du nord de la Charente-Maritime pour investir le marché de Surgères. Le lieu de la manifestation ne doit rien au hasard. En renonçant à faire appel, le préfet de la Charente-Maritime a rendu définitif le jugement du tribunal administratif de Poitiers, en date du 19 mai dernier, qui a biffé d'un trait son refus de permis de construire pour les huit éoliennes.

« C'est un combat loin d'être désespéré. Nous allons pour notre part déposer un recours devant la cour d'appel administrative », signale Michel Broncard, un local de l'étape qui est aussi vice-président de la Fédération de l'environnement durable, une des associations nationales qui regroupent les multiples frondes locales contre l'éolien industriel.

Partout, le parc éolien français se construit dans la douleur. C'est un climat de guerre de religion qui traverse les espaces ruraux prêts à accueillir ce genre d'équipement. Face aux élus et aux industriels se structurent des mouvements associatifs déterminés, organisés, rompus aux procédures juridiques et fort bien informés sur les enjeux des énergies renouvelables. « Ça m'a énormément surpris et même un peu déstabilisé. Je n'avais pas vu arriver le truc », confesse Philippe Plisson, député (PS) girondin et président de la Communauté de communes de l'estuaire, au nord de la Gironde.

Dans ce coin du Blayais, sur la commune de Reignac qui borde l'autoroute A 10, pourrait s'installer une ferme éolienne d'une puissance maximale de 70 mégawatts. La ZDE (zone de développement éolien) a été avalisée par le préfet de la Gironde en mars dernier, la première en Aquitaine. Face à la Communauté de communes se dresse VigiEole, un front du refus qui revendique 250 adhérents. « Mais nous avons 350 signatures pour notre recours contre la ZDE devant le tribunal administratif de Bordeaux », souligne son président, Daniel Ardouin.

Écologie contre écologie

Entre les deux camps, les positions paraissent inconciliables. « On a voté pour les énergies renouvelables. On doit atteindre 23 % du mix énergétique français en 2020, on est actuellement à 7 %. Il y a du boulot. Pour y arriver, il ne faut pas que de l'éolien, mais il en faut ! » plaide le député, qui voit dans l'opposition locale au projet l'agrégat des intérêts particuliers - les gens proches des futurs mâts - et des lobbies anti-renouvelables qui ne disent pas leur nom.

En face, on n'accepte évidemment pas d'être taxé de conservatisme. On se bat sur le chapitre des nuisances, sonores et visuelles, et sur l'efficacité énergétique de l'éolien industriel. « C'est une mauvaise solution pour le pays, ce sera un feu de paille. Beaucoup de projets ne seront viables qu'avec le tarif préférentiel de rachat du courant par EDF. Ca va nous coûter très cher à tous, sans parler du coût du démantèlement des installations », argumente Daniel Ardouin.

Les échanges sont d'autant moins feutrés qu'on se dispute de part et d'autre un brevet d'orthodoxie écologique. Héraut du pôle écologique du PS, Philippe Plisson est chargé du développement durable au Conseil général et membre de la commission éponyme à l'Assemblée nationale. VigiEole se dit pour sa part favorable au micro-éolien - les petits mâts à usage domestique - mais farouchement opposée à une politique nationale qui équiperait la France de quelque 8 000 éoliennes d'ici 2020.

Une demande de moratoire

C'est exactement le credo d'Yves Vérilhac, un citoyen du Languedoc-Roussillon qui a lancé au début du mois l'idée d'un moratoire éolien à l'échelon national. Ses partisans se sont réunis le 1er août en Ardèche, au pied du mont Gerbier-de-Jonc. Le contexte est tendu dans le Massif central, où les projets fleurissent sur certains des plus beaux paysages de France. « Il est toujours suspect de se dresser contre l'éolien. Mais je suis dans l'écologie depuis 1970 et je n'ai pas besoin de leçons sur le sujet. Il faut déculpabiliser les gens qui s'engagent dans la résistance », explique cet ancien militant antinucléaire.

Yves Vérilhac s'insurge contre l'étiquette d'énergie propre que l'on accole systématiquement à l'éolien. « La seule énergie propre, c'est celle qu'on ne consomme pas. On reste pourtant sur le paradigme de la surcroissance. Pourquoi admet-on encore de voir pousser des lotissements sans panneaux solaires sur le toit et sans isolation convenable ? En tant que consommateur, je paie une surfacturation pour qu'EDF rachète le courant des éoliennes à 8 centimes d'euro le kilowattheure. Cet argent part dans le privé pour raccourcir les délais d'amortissement d'installations qui ne réduisent en rien le recours au nucléaire ni aux énergies fossiles. Il ne va pas dans les économies d'énergie », déplore-t-il.

Yves Vérilhac admet sans peine que le grand public saisit mal les enjeux de ce débat. Selon lui, sa proposition de moratoire a recueilli 3 300 signatures à la mi-août. En face, le Syndicat des énergies renouvelables brandit les résultats du baromètre d'opinion sur l'énergie et le climat réalisé par le Credoc (Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie) : 72 % des Français seraient favorables à l'implantation d'éoliennes sur leur commune.

Pour entamer ce tranquille consensus, les opposants à l'éolien industriel parient sur une grande journée de mobilisation le samedi 26 septembre au Mont-Saint-Michel. Ils craignent la plantation de grands mâts blancs à portée de vue de cet emblème patrimonial et touristique. Du pain bénit pour les « anti », en quelque sorte. Au bord de l'estuaire de la Gironde, Philippe Plisson ne cache pas que la fronde pourrait faire tache d'huile. « Je n'ai pas vocation à servir de punching-ball à tout le monde. Les autres élus, ailleurs, attendent de voir comment je vais me sortir de ce dossier. Je me sens un peu seul, parfois... »

Auteur : Jean-Denis renard
jd.renard@sudouest.com

Publié dans l'environnement

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Yves VERILHAC 08/11/2009 11:48


A Landas dans le sud de la Crète, un vautour s'approche trop près d'une éolienne
http://www.koreus.com/video/vautour-eolienne.html

Les amoureux des oiseaux apprécieront. Dernières études connues (synthèse ONCFS 2009) une moyenne de 30 oiseaux tués par machine sur les secteur de migration. Perspectives française : de 10 à 15000
machines.

Yves VERILHAC