Six ans de bataille pour ouvrir un supermarché
Six ans. C'est le temps qu'il a fallu attendre pour les deux associés, Pierre Feugier et Nicolas Manneville, avant l'ouverture de leur supermarché Super U à Lacanau. Même s'ils trouvent cela très long, ils disent n'avoir jamais douté. « Non sincèrement. C'est parce que l'on est de nature optimiste. De toute façon, on est plus marathonien que sprinteur » plaisante à moitié Nicolas Manneville.
« C'est surtout parce que les banquiers partenaires ont accepté de reporter le coût. Et sur le fond du dossier de recours contre l'implantation, c'était très creux. Le rejet était simplement sur la forme » argumente Pierre Feugier. « Et puis, on avait le foncier. C'est le nerf de la guerre ». Finalement, la construction de l'édifice n'aura pris que cinq mois.
Sûrs de leur cause
Ces deux associés, sortis ensemble de l'école de commerce de Rouen il y a vingt ans, basaient leurs espoirs sur une étude qui affirmait que 90 % des Canaulais faisaient leurs courses plutôt sur Arès, Castelnau-de-Médoc ou encore Saint-Médard-en-Jalles. « Les gens en ont peut-être marre de faire 70 kilomètres au bas mot pour faire leurs courses » explique Nicolas Manneville.
Et toujours son associé d'ajouter, « on a déjà des demandes pour faire des nocturnes à 20 heures, des gens qui travaillent sur Bordeaux. On pense même que l'on peut redynamiser Lacanau ville et son commerce ». Ils raisonnent aussi sur leur établissement de Claouey, qui, en dix ans, a augmenté de 300 % son chiffre hors saison touristique, et seulement de 30 % pendant. « Et pourtant, le commerce ne s'est jamais aussi bien porté ».
Compréhension
Nicolas Manneville admet comprendre aussi la levée de boucliers des petits commerçants.
« Je me mets à leur place. Même si nous n'avons pas fait de recours à Claouey contre l'implantation d'une autre grande surface. Mais en dehors des deux supermarchés, la réaction n'était pas mauvaise. Ils nous ont même invités à faire partie de l'association des commerçants désormais.
« Même si le projet a coûté plus cher que prévu, on a respecté nos engagements. Les locaux restent à des loyers modérés. On n'a pas créé de nouvelles boutiques comme des salons de coiffure. Et pourtant on a eu des demandes. La seule qui ne soit pas un déménagement, est une boutique de téléphonie. Le premier concurrent était à Saint-Médard ».
Longueurs administratives
Au final, les deux associés retiennent essentiellement les lourdeurs des péripéties administratives. Eux aussi rejettent la façon de faire sur la forme plutôt que sur le fond. « Est-ce que c'est normal d'attendre près de deux ans pour que le tribunal administratif rende son jugement ? Qu'il oblige à recommencer la procédure parce que le nom du maire de Lacanau et des autres représentants n'était pas expressément cité dans le rapport de la commission ?
« Avant d'être des créateurs de richesse, nous sommes créateurs de 45 emplois. C'était des chômeurs de Lacanau en grande majorité. On a fait travailler au maximum des entreprises locales pour la construction. On montre aussi notre attachement. C'est là que l'administration ne prend pas en compte le côté humain. Mais cela fait 20 ans que l'on partage le bon et le mauvais ».
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