Surf, rock et balai-brosse

Publié le par robert


LACANAU. Pendant que les fêtards se couchent, ils se lèvent aux aurores pour nettoyer les rues et la plage. Rencontre avec ces ouvriers reconnus d'utilité publique

Xavier mène tous les jours sa chasse aux trésors. Dans sa caverne l'Ali Baba, un vieux vélo qu'il a arrangé. (photos T. S.)
Xavier mène tous les jours sa chasse aux trésors. Dans sa caverne l'Ali Baba, un vieux vélo qu'il a arrangé. (photos T. S.)
Xavier mène tous les jours sa chasse aux trésors. Dans sa caverne l'Ali Baba, un vieux vélo qu'il a arrangé. (photos T. S.)
Xavier mène tous les jours sa chasse aux trésors. Dans sa caverne l'Ali Baba, un vieux vélo qu'il a arrangé. (photos T. S.)
Xavier mène tous les jours sa chasse aux trésors. Dans sa caverne l'Ali Baba, un vieux vélo qu'il a arrangé. (photos T. S.)
Xavier mène tous les jours sa chasse aux trésors. Dans sa caverne l'Ali Baba, un vieux vélo qu'il a arrangé. (photos T. S.)

Assis sur les chenilles de la cribleuse, Laurent rêve d'un croissant trempé dans un café-crème. Trempé, juteux, ramolli. Le croissant. Il aspire sûrement à l'engloutir en une seule bouchée, dans l'un des bars du front de mer. Mais pour l'instant, Laurent est en panne. Planté par son vieux joujou, sur la plage centrale.

Ce passionné de surf arrive du sud où il a tamisé sept kilomètres de sable. Dans les griffes de son engin, des cailloux et quelques cartons ramollis, oubliés par les plagistes. « Le sud, ça va encore, c'est pas la zone, comparé au nord, où il y a les campings, explique Laurent, 32 ans. Le plus dur, c'est d'enlever à la main les tessons de bouteilles dans les feux encore vifs de la veille : c'est brûlant et super dangereux. » Le jour se lève sur Lacanau. Les matinaux sont de sortie. Il y a ceux qui n'ont pas dormi, qui titubent encore sur l'allée Ortal, entre les souillures buccales de la veille.

Il y a aussi ceux qui s'éveillent dès les premiers rayons, comme ces chercheurs d'or passant en revue la plage - « les poêles-à-frire » - ou ces pêcheurs et ce surfeur en quête de calme et de vagues.

Et puis, il y a les ouvriers du matin, en quête de salubrité. Ces employés municipaux qui remettent à neuf Lacanau, pour que les vacanciers ne s'aperçoivent pas de l'ampleur des dégâts qu'ils laissent derrière eux. Sept jours sur sept, de 6 heures à midi, ils raclent, balaient, nettoient.

Certains sont embauchés pour la saison pendant laquelle le nombre de sacs poubelles est multiplié par quatre. D'autres travaillent à l'année. Le matin, ils sont une trentaine au service environnement, pour la propreté, et à la section voirie, qui réparent les bobos de la nuit. En comptant ceux de l'après-midi, ils dépassent la cinquantaine.

Des pourboires

Geoffrey, la vingtaine, lui, pense à son lecteur de musique qu'il a oublié chez lui. Avec sa pince, il passe en revue les parkings du front de mer, crochetant les bouteilles en plastique, canettes, paquets de cigarettes... « Tout ce qui est gros et visible. » Puis arrive Xavier, le « souffleur ». À 20 ans, il vit toujours chez sa mère à Lacanau et fait ce job saisonnier parce que « faire des tas c'est moins chiant que faire serveur, pour le même salaire ».

Et les pourboires en prime : « Je me suis fait 90 euros l'année dernière en soufflant sur le sol, raconte t-il. J'ai aussi une collection de 180 verres ! » Peu de détritus à l'horizon, la matinée est tranquille pour les deux compères. Ils s'accordent une pause alors qu'il se met à pleuvoir. « Pendant le Lacanau surf, on ne pourra jamais faire de pause comme ça. C'est impossible. On travaillera non stop jusqu'à midi et, une heure après, ce sera à nouveau sale », disent-ils, désabusés. Patrice Da Costa, dit « Daco », confirme : « Les matins de pleine saison, on ne voit plus les pavés de l'allée Ortal. » Lui, c'est la grande gueule de la bande, doyen et figure des matinées canaulaises. Il aborde sa vingt-cinquième année à bord de sa voiture-balai, collé au derrière de Xavier.

Pour être complet, il faut citer « les deux hiboux », Seb et Jérémy, cinq années au volant du camion poubelle. Ce matin-là, ils n'ont pas dormi, ils ont fêté « le bac du p'tit frère ».

Pas frais mais le geste efficace, ils vident les sacs poubelles 110 litres de la ville, tout en ayant un oeil sur les crêpes maison posées sur le tableau de bord du camion.

« Tu dis merci et tu souris... »

L'été, quand la Lune décroît, la température peut monter entre les fêtards et les ouvriers du matin. « Il y a quelques années, Jean-Marie s'est fait callaissé son tracteur, alors qu'il ramassait les poubelles de la plage, se rappellent Xavier et Geoffrey. À partir du 14 juillet et jusqu'à fin août, on ne travaille jamais seul. »

Parfois cette confrontation avec le monde de la nuit est comique : « On dérange des couples qui font l'amour sur la plage », se souvient Jean-Marie. « On retrouve des cadavres, qui dorment sur le bitume », rigolent les deux hiboux. Confrontation avec les matinaux aussi : « Tous les jours, un groupe de personnes âgées est posé sur le parking et critique ton travail. » Geoffrey esquisse un sourire ironique : « Alors tu les regardes, tu dis merci et tu souris... »

Et enfin, au bout de la chaîne : il reste Lionel, affecté à la déchetterie. Il doit trier les 20 % de déchets parmi les 250 sacs poubelles amassés quotidiennement, qui n'ont pas été mis dans les bons sacs.

Il accueille aussi ce commerçant qui dépose les cartons de sa boulangerie dans la machine à compacter. Une initiative de la commune récente, que ce marchand applaudit.

Et quant à la propreté de son trottoir tous les matins : « Je n'en pense pas grand-chose, j'y fais pas attention. » Avant de revenir sur sa réponse une minute plus tard, « Ah, si, si ! J'ai un avis ! Ils pourraient quand même ramasser le bois dans les rues qui longent la déchetterie. » Et paf.

Auteur : Thomas Segu

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